ACTE IV, SCÈNE IL
en icelles; en un mot, c'est un juge incorruptible ^ qui, bien loin de prendre de largent pour juger, commence par en donner à la porte de laudience.
LE PARTERRE
Hélas ! je n ai pas seulement mes buvettes franches; demandez-le plutôt à, la limonadière.
GOLOMBINE. t
Néron, empereur et comédien italien, fait assez voir la prééminence dont il est question. Tout le monde sait quil courut la Grèce dans une de nos troupes, et Fhistoire ne fait point mention qu il ait jamais monté sur le théâtre du faubourg Saint-Gerniain.
LE COMÉDIEN FRANÇOIS
Néron? Voilà encore un plaisant farceur! nous ne Taurions jamais reçu dans notre troupe. Il étoit trop cruel, et on n'est pas accoutumé à trouver dç la cruauté sur nos théâtres.
LE PARTERRE
Si ce n'est à FOpéra.
GOLOMBINE.
En effet, pour donner à l'univers, un comédien italien , il faut que la nature fasse des efforts extraordinaires. Un bon Arlequin est naturœ laborantis opus^ elle fait sur lui un épanchement de tous ses trésors ; à peine a-t-elle assez desprit pour animer son ouvragé. Mais pour des comédiens françois, la nature . )es fait en dormant; elle les forme de la même pâte que les perroquets, qui ne disent que ce qu'on \ex\v
apprend par cœur : au lieu qu^un Italien tire tout de son propre fonds, n'emprunte Fesprit de personne pour parler ; semblable à ces rossignols éloquents qui varient leurs ramages suivant leurs différents ca« priées.
LE COMÉDIEN FRANÇOIS
Vous des rossignols? Ma foi! vous n'êtes tout au plus que des merles, que le Parterre prend soin de siffler tous les jours.
LE PARTERRE
Cela n'est pas vrai. Les Italiens me donnent le mardi et le vendredi pour me reposer ; mais chez les François, je n'ai pas un jour pour reprendre mon haleine.
COLOMBINE
Si l'on regarde l'intérêt, qui est le seul point de vue dans les mariages d'aujourd'hui , un comédien italien l'emportera toujours sur un François. Il fait moins de dépense en habits ; sa part est plus grosse ; et il ne faut quelquefois qu'une médiocre comédie pour faire rouler toute l'année un comédien ita* lien.
LE COMÉDIEN FRANÇOIS
Je le crois bien : il est aisé de rouler , quand on n a qu'une moitié de carrosse à entretenir.
COLOMBINE
Nos équipages seroient aussi superbes que les vô-? très, si nous voulions faire des exactions sur le public, et mettre, comme vous, nos premières représentations au double.