COLOMBINE, ARLEQUIN
COLOMBINE
Mais qui est cet homme-là? .
ARLEQUIN, sanf Teir Golombine.
A deux liards, à deux liards. Voyez le peu de bonne foi quil y a dans le commerce! On vouloit rar voir les nippes qu'on m'avoit vendues deux liards... Quelque sot!... (Il aperçoit Golqnibine.) N'est-ce point là de la marchandise à deux liards? (^ Il passe devant elle et rexamine.) Yoilà apparemment quelque aventurière foraine. (Eaut.) Mademoiselleyiie seriez -vous point par hasard de ces chauve-souris apprivoisées, qui gracieusent le bourgeois et lui proposent la collation ?
COLOMBINE
En vérité, monsieur, vous me faites plus d'honneur que je n'en mérite. Et vous, ne seriez -voi^ks
i54 LA FOIRE SAINT-GERMAIN.
point par aventure de ces chevaliers déshérités par la fortune, qui retrouvent leur patrimoine dans-la bourse des passantâ?
ARLEQUIÏBI.
Ah! pour cela, mademoiselle, vous mettez ma pudeur Jhors des gonds. Je suis un gentilhomme, qui ai depuis peu quitté le service pour pc^n Jre de l'emploi à la Foire.
COLOMBINE
Sans trop de curiosité, peut-on vous demandei si vous avez été long'-temps dans le service?
ARLEQUIN
Dix ans.
COLOMBINE
En Flandre, ou en Allemagne?
ARLEQUIN
A Paris. J'y ai été trois ans cuirsli^er du Guet, après avoir servi volontaire Àuns le régiment de rArc-en-Ciel.
COLOMBINE
Je n ai jamais ouï parler de ce régimem-là.
ARLEQUIN
Cest pourtant un des gros régiments dû royaume ; les soldats y sont tantôt fantassins et tantôt carrossiers, et sont habillés de vert^ de rouge , et de jaune, suivant la fantaisie des capitaines.
COLOMBINE
Je commence prë^Atement à avoir quelque tein-i turc de votre régimefnt.
AdTEI, SCÈNE VllI. |55
.ARI.EQUIN.
Comment diable! cest la miUce la plus nécessaire à Fétat, et c'est le régiment où Ton fait le plus vite son chemin; c'est de iè qu'on tire des officiers pour remplir les postes les plus lucratifs* Je connois vingt commis «nrchef qmm'^Dt jamais- fait leurs ex^cices qdeidans ce oorps-là.. . ^
COLOMBI^t:, . t
Je suis ravie, monsieur^ de trouver en vous ^n gentilhomme jqui ait étodié. dans: une académie si florissantew Apparemment qàe vous Savez faire llexerT cice du flambeau?
ARLEQUIN
Jlai èu rhonneur d'édairër) chemin foisant, une £emme de rotte ^ une femnie |;ardeinote^ et la con* cierge d'un abbé. . / \
« GOLOMBiNR. :
La concierge d'un. abbé? Voilà une plaisante condition. Et quel étoit l'emploi de eeUe concierge4à?
ARLEQUIN
Elle avoit soin des meubles de monsieur; elle lui faisoit de la gelée , bassinoit soniit, et le fcisoit tous les soirs.
COLOMBINE
Il n'y. a pas grand ouvrage à friser des cheveux courts comme ceux-là.
ARLEQUIN
Plus que vous ne pensez : j'aimerois mieux coiffer dix femmes en boucles , que de mettre une tête d'abbé en marrons.
i56 LA FOIRE SAINT-GERMAIN.
COLOMBINE
Vous avez raison ; il y a plus à feire auprès de ces messieurs-là qu auprès des femmes.
ARLEQUIN
Je me suis pourtant assez bien trouvé des femines^ et dans le fond, ce sont de bonnes personnes : on en dit la rage ; mais pour moi je ne les Crouve pas si dé» vergondées que les hommes.
GOLOMBINE.
Assurément on peut dire, pour les excuser, qu elles sont plus exposées au péril. Pour peu qu'une femme ait d'enjouement, un soupirant lui donne vivement la chasse : elle évite un temps Técueil dangereux des présents ; elle résiste à la tempête' : mais à la fin il vient une bourrasque de pleurs et de soupirs ; un amant Eût force de voiles, il double le cap de Bonne- Espérance : une femiiie veut se sauver; elle donne contre un rocher; voilà la barque renversée; et dans cette extrémité-là, Thonnèura bien de la peine à se sauver à la nage.
ARLEQUIN
L'honneur d'à présent est pourtant bien mince et bien léger; il devroit aller sur Feau comme du liège*
COLOMBINE
Cette femme de robe, par exemple, que vous avez éclairée, son honneur savoit-il nager?
ARLEQUIN
Il faisoit quelquefois le plongeon; maiâ d'ailleurs c'étoit une brave femme; elle^faisoit Fextrait dç tous