DALLEMAGNE
s'appeloit Marie, fille de Philippe III, roi d'Espagne, dont il eut trois garçons. Le premier , comme j'ai dit, mourut roi des Romains ; le second est l'empereur d'aujourd'hui; et le troisième est moit archevêque de Léopold *.
La seconde femme de Ferdinand étoit de la maison d'Inspruck, qui mourut en couche fort jeune ^ et dont on voit le tombeau aux dominicains.
La troisième, qui vit encore, et qu'on appelle l'impératrice Léonore, douairière, est de la maison deMantoue, tante de la duchesse d'Yorck. Elle a deux filles : la première a épousé en premières noces Michel Coribut Wiénowieski , roi de Pologne, et a été depuis mariée au duc de Lorraine ; la seconde a épousé , il y a environ deux ans , le duc de Neubourg, beau-frère de l'empereur.
L'empereur s'appelle Léopold Ignace, fils de Ferdinand III, et de Marie, fille de Philippe III, roi d'Espagne. Il naquit le 9 de juin 1640, et fut élevé à la dignité impériale en 1659. Ha eu trois femmes, comme son père. La première étoit infante d'Espagne, fille de Philippe IV, sœur unique de Charles II, aujourd'hui régnant , et sœur de père de la reine de France aujourd'hui régnante. Elle a eu une fille qu'on appelle Farchiduchesse, âgée de quatorze ou quinze ans, qui est boiteuse.
La seconde étoit de la maison d'Inspruck.
(*) Dans les éditions modernes, on lit : Le troisième est mort évéque de Passau et de Breslau.
La troisième est de la maison de Neubourg. Il y a environ quatre ou cinq ans qu'il épousa cette princesse, dont il a un fils âgé de quatre ans, qu'on appelle l'archiduc.
L'archiduchesse espéroit bien épouser le roi d'Espagne, on dit même qu'on la salua reine à la cour pendant quelque temps. Il y avoit toujours beaucoup de jalousie entre cette jeune archiduchesse et l'autre fille de l'impératrice douairière, qui a épousé le duc de Neubourg , comme ayant toutes deux les mêmes prétentions , et espérant l'une et l'autre épouser le roi d'Espagne ; et la vieille impératrice se trouva bien surprise, apprenant le mariage du roi d'Espagne avec Mademoiselle, parcequ'on l'avoit flattée que, si elle faisoit déclarer l'empereur contre la France, sa fille seroit reine d^Espagne; ce qu'elle fit avec succès, car elle a infiniment de l'esprit.
Cette princesse, voyant ses espérances frustrées de ce côté-là, chercha une couronne ailleurs, et tâcha à faire négocier son mariage avec le roi de Suéde ; mais la princesse de Danemarck étoit trop avant gravée dans son cœur pour pouvoir en être chassée : ainsi ne voyant plus de têtes couronnées, elle fut obligée d'épouser le duc de Neubourg ; mais elle le traita avec des fiertés inconcevables.
L'archiduchesse d'aujourd'hui est nièce de cette princesse, et ont été souvent rivales. On ne voit point d'autre parti pour elle que le duc de Florence,