‹ uvres complètes de Regnard (volume 3)Chapitre 13 sur 15 · D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

D'ALLEMAGNE

îa princesse de Saxe étant présentement mariée à rélecteur de Bavière.

L'empereur est archiduc d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême ; il a le seul archiduché du monde , et ses enfants en portent le titre. On fléchit les genoux devant lui ; et l'empereur même , faisant la révérence à l'autel, fléchit les deux genoux, sans néanmoins les porter à terre.

Le conseil de conscience de l'empereur est com- ^)Osé d'un capucin nommé le P. Emeric , évéque de Vienne, et du P. Richard, jésuite, Lorrain.

L'empereur est fort dévot ; il ne se passe guère de jours qu'il n'aille dîner chez des moines ou des religieuses. Quand il marche, c'est sans bruit; car il n'y a ni tambours ni trompettes. Ses gardes , appelés Drabans ^ au nombre de cent ou deux cents, la pertuisane en main , vêtus de noir , tous en manteau galonné de jaune , font une haie , au milieu de laquelle l'empereur passe dans son carrosse, qui est plutôt un coffre qu'autre chose. Il n'y a jamais personne à côté de lui , et l'impératrice se met dans l'autre fond.

Les chevaux sont harnachés avec des cordes , et le cocher est à cheval , depuis qu'il entendit sur son siège un secret qu'il alla révéler. Tous les cavaliers vont devant à cheval.

x\vant que l'empereur soit élevé à la dignité impériale , il faut qu'il ait été élu roi des Romains , et il ne peut avoir ce titre qu'à l'âge de quatorze ans.

Les empereurs sont élus et couronnés à Francfort,

mais la couronne est à Aix-la-Chapelle.

L^empereur aime fort la chasse ; je me trouvai à une qu'il fit au retour d'Oldembour^j , où on tua quatre-vingts ou quatre-vingt dix sangliers à coups d'épée. Ceux qui sont près de Tempereur les tuent d'une loge qu'on lui prépare. On traite l'empereur de sacrée majesté. Il porte Tordre de la Toison; mais il ne la donne point , et elle appartient seulement au roi d'Espagne.

Nous n'avons jamais d'ambassadeurs à Vienne, parceque l'Espagne auroit le pas , comme étant de la même maison. M. le marquis de Seleville étoit pour lors envoyé extraordinaire. Nous demeurâmes chez lui , et je jouai souvent avec la marquise; c'est une des plus spirituelles et vertueuses dames que j'aie connues. Nous y connûmes M. de Saint- Laurent , cousin de madame la marquise Pigorre. Le comte de Stirum nous donna plusieurs fois à manger.

Le comte de Staremberg est gouverneur de la ville ; il voulut faire une affaire à messieurs de Marsillac et d'Alincour, parcequ'ils n'avoient pas dit leurs noms à la cour.

Vienne tire son nom d'une petite rivière qui passe entre le faubourg d'Isalu et la ville , laquelle venant à se déborder fait des ravages épouvantables. Le Danube y passe aussi *. C'est le plus grand fleuve de

(*) On lit, dans la première édition: Le Danube en est éloigné d'une lieue.

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