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de France au bureau des finances de Paris , qu'il a exercée pendant vingt ans; et il ne songea plus qu'aux plaisirs de la bonne chère, et à bien recevoir chez lui ce qu'il y avoit en France de plus grand, de plus distingué, et de plus aimable.
La description qu'il fait, dans son Épître à M*** , de la maison qu'il avoit à Paris, au bout de la rue de Richelieu, au bas de Montmartre, et les noms illustres des personnes qui lui ont fait l'honneur de l'y venir voir, ne laissent aucun lieu de douter de cette vérité.
Au bout de cette rue , où ce grand cardinal , Ce prêtre conquérant, ce prélat amiral, etc. *^
Regnard acheta aussi les charges de lieutenant des eaux-et-foréts et des chasses de la foret de Dourdan. Il acquit , peu de temps après , la terre de Grillon , située près de Dourdan à onze lieues de Paris , où il passoit le temps de la belle saison , et où il chassoit le cerf et le chevreuil. Quelques années avant sa mort , il se fit recevoir grand-bailli de la province de Hurepoix au comté de Dourdan ; et il est mort revêtu de cette charge. Il n'épargna rien pour embellir son château et sa terre de Grillon , et il profita, avec un art infini , de tous les avantages dont la na-
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turc avoit pourvu si libéralement ce beau lieu ; de sorte qu'il en fit un séjour encbanté. Pour donner une idée de la vie agréable que Regnard passoit à Grillon avec ses amis , il suffit de lire le Mariage de la Folie, divertissement, pour la comédie des Folies amoureuses, que l'auteur semble avoir composé dans cette intention , en s'y désignant sous le nom de Glitandre (i).
C'est dans cette agréable retraite que Regnard écrivit la relation de ses voyages , et qu'il composa la plupart de ses comédies. Il y mourut le jeudi 5 septembre 1710, âgé de 54 ans, sans avoir été marié , fort regretté de tous ses amis ^ des gens de lettres, et particulièrement des amateurs de la scène françoise.
Regnard mourut sans avoir été malade, et par sa seule imprudence. Il n'avoit point de foi aux médecins : il étoitfort replet et grand mangeur. Un jour qu'il se sentit incommodé de quelque reste d'indigestion , il lui prit envie de se purger de sa propre ordonnance, mais d'une façon fort extravagante. Il étoit à Grillon, où il avoit passé toute la belle saison à faire une chère très délicate : il demanda à un de ses paysans quelles étoient les drogues dont il composoit les
(i) Voyez l'avertissement qui précèfle les Folies amoureuses, tome III.
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médecines qu'il donnoit à ses chevaux ; le paysan les lui nomma : Regnard sur-le-champ les envoya acheter à Dourdan, s'en fit une médecine, et l'avala le lendemain : mais deux heures après qu'il l'eut prise, il sentit dans l'estomac des douleurs si aiguës, qu'il ne put demeurer au lit. Il fut obligé de se lever et de se promener à grands pas dans sa chambre, pour tâcher de faire descendre sa médecine qui l'étouffoit. Ses valets montèrent à ce bruit, jugeant qu'il se trouvoit mal; mais à peine furent-ils entrés, que son oppression redoubla. Il tomba dans leurs bras , sans connoissance et sans voix , et il fut suffoqué sans pouvoir recevoir le moindre secours.
On ne convient pas de toutes les circonstances de sa mort. Il est bien vrai qu'il mourut dune médecine prise mal à propos, et à la suite d une indigestion; mais, dit-on, d'une médecine ordinaire , dont il ne seroit point mort , s'il n'avoit point eu l'imprudence d'aller à la chasse le même jour qu'il l'avoit prise, de s'y échauffer extrêmement^ et de boire un grand verre d'eau à la glace à son retour; ce qui causa une révolution si subite et si violente dans son corps, qu'il en mourut le lendemain sans qu'on pût le secourir.
La petite terre de Grillon fut vendue par ses
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héritiers après sa mort. Elle a appartenu depuis à M. de Magny, fils du célèbre M. Foucault, intendant de Gaen , et grand antiquaire. La maison n'est pas grande; mais elle est dans un joli vallon , et très agréablement située : elle est précisément au bord d'un ruisseau, et tout entourée de bois par derrière. C'est la demeure du monde la plus propre pour un poète.
Les comédies qu'il a données au théâtre françois sont, la Sérénade y le Joueur , le Bal y le Distrait y DémocrilCy les Folies amoureuses, les MénechmeSy le Retour imprévu y le Légataire et la Critique du Légatairey et attendez-moi sous l'OrmCy que quelques uns ont attribuée à Dufresny. Celles qui furent jouées au théâtre italien sont, le Divorce^ la Descente de Mezzetin aux Enfers ^ Arlequin Homme à bonnes fortunes y la Critique de cette pièce y les Filles errantes y la Coquette y la Naissance d'Amadis. 11 a composé avec Dufresny, les Chinois y la Baguette de Vulcain, la Foire Saint- Geiinainy et les Momies d'Egypte, Il a de plus donné à l'opéra, le Carnaval de Venise. On connoît encore de lui trois pièces qui n'ont pas été représentées; savoir, les Vendanges y les SouliaitSy et la tragédie de Sapor.
On voit par ce dernier titre, disent les auteurs des Anecdotes^ramatiques^ que Regnard entre-
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prit de chausser le cothurne, et de joindre aux jeux de Thalie, les fureurs de Melpoméne ; mais il sentit que la route de Corneille lui étoit moins familière que celle de Molière. On en juge de même par la lecture de la tragédie de Sapor, qui ne mérite pas même qu'on en relève les défauts. Heureusement pour Fauteur, la pièce n'a jamais paru au théâtre. Celui de l'opéra étoit plus analogue à son génie; il y fit jouer le Carnaval de Venise. Tous les spectacles que cette ville offre aux étrangers pendant ce temps de divertissements sont ici réunis. Comédie, opéra, concerts, jeux, danses, combats, mascarades j tout cela se trouve lié à une petite intrigue amoureuse, amusante, et bien écrite. Regnard peut également compter sur le suffrage de ses lecteurs pour son genre de comique, qui le rend, en quelque sorte, l'émule du prince de notre comédie. Molière et Regnard sont, dans ce genre, ce que sont Corneille et Racine pour le tragique françois; personne n'a porté plus loin que notre poète le genre de l'imitation. Fier de son talent, il eut la noble émulation et l'heureuse hardiesse de prendre pour modèle un homme inimitable, de courir avec lui la même carrière, et de prétendre partager ses lauriers comme il partageoit ses travaux. Quelle que soit la distance qui se
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trouve entre ces deux poètes , la postérité placera toujours Regnard après Molière, et lui conservera la gloire d'avoir parfaitement imité un homme qui auroit pu servir de modèle à toute l'antiquité. « Qui ne $e plaît pas avec Regnard , «< dit Voltaire, n'est point digne d'admirer Mo- « Hère. » Au reste je ne prétends point le res^ treindre au talent médiocre d'une imitation servile; quelque admirable qu'il soit quand il marche sur les pas du premier maître de l'art, il fie l'est pas moins quand il suit les sentiers qu'il ose lui-même se tracer. Combien d'idées, de traits, d'incidents nouveaux embellissent ses poèmes 1 Il conduit bien une intrigue, expose clairement le sujet; le nœud se forme sans contrainte; Faction prend une marche régulière; chaque incident lui donne un nouveau degré de chaleur; l'intérêt croît jusqu'à un dénouement heureux, tiré du fond même de la pièce. Ce n'est point d'après des idées qui ne sont que dans son imagination, qu'il forme ses caractères et trace ses portraits; il les cherche parmi les vices, les défauts et les ridicules les plus accrédités ; il avoit sous les yeux les originaux qu'il copioit ; c'étoient leurs mœurs, leur ton , leur langage qu'il peignoit d'après nature. Son esprit gai ne prenoit des hommes que ce qu'ils avoient de plus
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propre à fournir d'heureuses plaisanteries. Sa comédie du Joueur peut être comparée aux meilleures pièces de Molière, qui n'auroit pas même désavoué le Distrait, Démocrite, les Menée limes ^ le Légataire universel, et plusieurs scènes des petites pièces. On pourroit , peutêtre , lui reprocher d'avoir trop grossi les traits ; de mettre souvent en récit ce qui vient de se passer sur la scène; d'avoir peu soigné sa versification, qui, à force de vouloir être aisée et naturelle, devient quelquefois négligée, traînante, et prosaïque.