TARQUIN, SON ÉCUYER
TARQUIN
Que vois-je? Juste ciel!
l'écuyer.
Bon ! ce n'est que pour rire.
TARQUIN
Non, la peste m'étouffe : elle tombe, elle expire, Et c'est moi, dieux cruels! qui suis son assassin! C'est moi qui lui plongeai ce poignard dans le sein! Que la terre irritée, après tant d'injustices. S'ouvre pour m'engloutir dans ses creux précipices ! Que la foudre du ciel sur moi tombe en éclats! Mais, quoi! pour me punir nai-je donc pas un bras? (Il prend le poignard dont Lucrèce s'est percée. )
Que ce poignard, encor tout fumant de sagesse. Immole, en même temps, et Tarquin et Lucrèce. Frappons ce lâche cœur. Qui me retient la main? Perçons... Non, remettons cette affaire à demain. Je sens mollir mon bras; je sens couler mes larmes^ Et ma main, de foiblesse, abandonne les armes : Je deviens tout perplex*. Viens-t'en me soutenir.
(Il s'appuie sur son écuyer.)
O temps ! ô siècle! ô mœurs! Que dira l'avenir? D'un chimérique honneur le sexe s'infatue! Plutôt que forligner, une femme se tue! Ah! Lucrèce, m'amour! vous donnez aujourd'hui Un exemple étonnant, qui sera peu suivi.
l'ECU Y ER.
Pleurez, seigneur, pleurez l'excès de vos fredaines.
TARQUIN
Ah! toi qui saiç pleurer, épargne-m'en les peines.
Chantez du moins un air sur son triste tombeau.
TARQUIN
C'est bien plutôt à toi d'enfler le chalumeau..
(Il chante.) Car je t'ai pris pour mon valet, A cause de ton flageolet
(*) On écrit perplexe , au masculin comme au fe'minin : mais le rer? eût été trop long.
FIN DU SECOND ACTEi
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