ARLEQUIN, LE MUSICIEN ITALIEN, COLOMB I NE
ARLEQUIN, à Coloinbine.
Parlez, n'cst-il pas vrai, belle visionnaire, (^iie vous avez jadis chanté dans ma volière?
COLOMBINE
Oui, seigneur; etcest aujourdliui Ce qui fait mon mortel ennui.
Lorsque j'étois serin de Canarie, Je passois plaisamment la vie :
J'étois rhonneur de ce séjour.
Je cliantois toutle long du jour.
Aux opéra d'oiseaux, j'avois les premiers rôles ; J'étois Armide, Arcabonne, Didon ; Je me pâmois en poussant un fredon; Et rien ne me manquoit, enfin, que la parole. On m'a, croyant me faire un plaisir singulier, Naturalisé fille. Ah ! le triste métier !
ARLEQUIN
Vous avez tort d'avoir tant d'amertume , La belle, autrefois bête à plume; C'est un sort plein d'attraits D'être jeune fille au teint frais; D'avoir un nez, un front. Ma foi, vous êtes folle De vouloir retourner à votre ancienne peau. Une fille, en tout temps, se vend mieux qu'un oiseau:
Je vous en donne ma parole.
Pour trois ou quatre écus,j achète le plus beau; Mais en cas d'une fille, un peu friand morceau, Vous n'avez pas grand'chose avec une pistole.
COLOMBINE
Lorsque j'étois serin, il m'en souvient encore,
Rien ne contraignoit mes désirs :
De mes chants amoureux je saluois l'aurore;
J'allois sur l'aile des zéphyrs,
Dès le matin caresser Flore ; Et lorsque du soleil la lumière inégale
Sur la terre, s'affoiblissoit, Sans redouter l'éclat, sans craindre le scandale,
Je couchois où bon me sembloit.
ARLEQUIN
On trouve toujours assez vite Quelque charitable passant Qui vous loge, chemin faisant.
Fille porte toujours de quoi payer son gîte,
COLOMBINE
A mon réveil, en dépit des filets,
Je voltigeois dans les forets, Avec quelque serin du plus joli plumage : Tantôt dans les jardins nous passions tout le jour
A gazouiller sous un feuillage, Et nous n'interrompions jamais notre ramage
Que par des silences d'amour.
ARLEQUIN
On vit de même encor ; c'est ici la coutume j