ACTE IIÏ, SCÈNE XIIl. iSS
Les bois et les jardins sont des écueils d'honneur,
Des coupe-{jorfjes de |)udenr.
On voit certains oiseaux, non des oiseaux à plume,
Femelles à maintien suspect, Qui, sans aller chercher les îles Canaries, Trouvent à faire un nid le soir aux Tuileries,
Avec des serins à {^ros bec.
COLOMBINE
Je ne conduisois point une intrigue en cachette; J'écoutois mille oiseaux murmurer tour-à-tour,
Et ne passois point pour coquette, Quoique avec tout venant je parlasse d'amour.
ARLEQUIN
Eh bien ! c'est encor la méthode ; Sans être trop coquette, on a plusieurs amants,
D'été, d'hiver, et de printemps.
Dont on change suivant la mode.
Une fille aujourd hui, sans sonner le tocsin,
Attire un garçon d'une lieue , Et l'on ne trouve point de femelle en chemin
Qui n'ait maint mâle après sa queue.
COLOMBINE
Lorsque le printemps, de retour.
Excite nos cœurs à l'amour, Sans appeler ni parents, ni notaire, Je choisissois l'époux qui savoit mieux me plaire;
Nous goûtions un heureux destin.
Et mon époux étoit certain Que de tous ses petits il étoit le vrai père.
ARLEQUIIS.
Ceux que le dieu d'hymen a pris au trébuchet
Ne sont pas si sûrs de leur fait; Et tel se voit d'enfants une longue couvée, Qui ne fait que prêter son nom à la nichée.
COLOMBINE
Sans aller en justice exposer les défauts
De ces maris froids et brutaux, Quand un nouveau venu me plaisoit davantage,
Je rompois net mon mariage,
Sans craindre que, par des arrêts.
On eût droit de me mettre en cage ; Et le printemps suivant, j'allois dans un bocage
Me marier sur nouveaux frais.
ARLEQUIN, à l'Italien.
Prends vite de ma main cette femme prudente; Pour ne pas effleurer ta réputation, Tu la verras changer de maris plus de trente , Avant de demander la séparation.
l'italien.
Monsieur, je la prendrai; mais souvenez -vous que...
(Il chante.)
Je suis oui, je suis non; Selon l'occasion, La chose est incertaine :
Je suis toujours oui Chez la femme d'autrui ; Mais je suis non avec la mienne.