SCENE DES CARROSSES
ARLEQUIN ET MEZZET IN en femmes, chacune dans une petite vinaigrette ; UN COMMISSAIRE qui survient.
PREMIER HOMME qui traîne une vinaigrette.
Reculez, vivant.
DEUXIÈME HOMME qui traîne une vinaigrette.
Recule, toi-même, hé!
premier homme.
Holà! lami, hors du passage.
deuxième homme.
Hors du passage, toi-même.
MEZZETIN, à l'homme qui le traîne.
Qu'est-ce donc, cocher? Est-ce que vos chevaux sont fourbus ?
arlequin, à l'homme qui le traîne.
Fouettez donc, maraud, fouettez donc. Avez-vous oublié mes allures?
premier homme.
Madame , il y a un carrosse qui empêche de passer.
arlequin.
Un carrosse? Eh! marchez-lui sur le ventre, mon ami.
MEZZETIN, la tête à la portière.
Quelle est donc l'impertinente qui arrête mon équipage dans sa course?
ARLEQUIN, la tête hors de la portière.
C'est moi, madame : je vous trouve bien ridicule de borner avec votre fiacre les rues où je dois passer !
MEZZETIN
Fiacre vous-même ! Notre famille n'a jamais été sans carrosse ni sans chevaux.
ARLEQUIN
Ni sans bourriques, madame.
MEZZETIN
Savez-vous bien qui je suis, ma petite mie?
ARLEQUIN
Me connoissez-vous bien, ma petite mignonne?
MEZZETIN
Apprenez, si vous ne le savez, que je suis la première cousine du premier clerc du premier huissier à verge au Châtelet de Paris.
ARLEQUIN
Et moi, je suis la femme du premier marguillier du premier œuvre de la Yillette.
MEZZETIN
Quand vous seriez le diable , vous reculerez.
ARLEQUIN
Que je recule? Reculez vous-même; on n'a jamais, reculé dans ma famille.