‹ uvres complètes de Regnard (volume 4)Chapitre 152 sur 181 · SCÈNES AJOUTÉES · texte numérisé non relu

SCÈNES AJOUTÉES

MEZZETIN

Oli bien ! madame, je vous déclare que je ne recule point, et que je reste ici jusqu'à soleil couchant.

AHLKQUIN.

Et moi, j'y demeure jusqu'à lune levante.

MEZZKTIN.

Je n'ai rien à faire : pourvu que je sois aux Tuileries entre chien et loup.

ARLEQUIN

Ni moi non plus, pourvu que je «ois demain au lever de monsieur le marquis de la Vir^jouleuse.

MEZZETIN

Petit laquais, allez me chercher à dîner à la fjargotte, et faites apporter du foin pour mes chevaux.

ARLEQUIN

Pour moi, je n'ai que faire d'envover rien chercher ; je porte toujours sur moi tout ce qu il me faut , et je ne marchejamais sans des vivres pourtrois jours. Qu'on me donne ma cuisine.

(Un laquais lui aide à prendre une petite cuisine de ferblanc, qui est faite comme un garde-manger, d'où Arlequin tire des assiettes, une salade , un poulet, des burettes pleines d'huile et de vinaigre, des fourchettes, des couteaux, des serviettes et autres ustensiles propres à garnir une table. Il pose tout cela sur le devant de la vinaigrette, et mange ; et de temps en temps boit en saluant tantôt la dame sa voisine, et tantôt le parterre. Après plusieurs lazzi de cette nature, arrive le commissaire. )

LE C O M M I S S A I fi L .

Quelle cohue est-ce donc, mesdames? A^oilà un embarras terrible! Un enterrement, un troupeau de

25o LA FOIRE SAINT-GERMAIN.

bœufs, et deux charrettes de foin qui ue sauroient passer. Otez-vous de là, et au plus vite.

MEZZETIN, au commissaire.

Oh bien, monsieur, je sécherai plutôt sur pied que d'en branler.

ARLEQUIN

Pour moi, je n'en démarerai pas, dussé-je arrêter la circulation de Paris. A votre santé, monsieur le commissaire, (Il boit.)

MEZZETIN

Je souffrirai bien, vraiment, qu'une sous-roturière insulte ma calèche en pleine rue!

ARLEQUIN

Nous verrons si une arrière-bourgeoise me mangera la laine sur le dos !

LE COMMISSAIRE

Il faut pourtant quelque accommodement à cela.

ARLEQUIN

Qu'est-ce à dire, monsieur le praticien? Est-ce que vous me prenez pour une femme d'accommodement?

LE COMMISSAIRE

Eh! madame, entrez mieux dans ce que je dis. Je dis qu il faut vider ce différent et sortir d'affaire.

ARLEQUIN

Vider! Mais voyez un peu quelle insolence! Oh! apprenez, monsieur le commissaire, que je ne vide lien , moi ; allez chercher vos videuses d'affaires ail= leurs.

SCÈNES AJOUTEES, 2Ji

LE COMMISSAIRE

Il faut pourtant que vous reculiez. (Il «• met entre lc«

deux vinaigrettes, et les fait recul«:r toutes les deux en racine temps. ) MEZZETIN.

Que je recule? Morbleu ! cela ne sera pas vrai.

(Il saute sur le commissaire- ) ARLEQUIN.

Que je recule? Parbleu ! vous en aurez menti.

(li saute sur le commissaire, qui s'esquive. Les deux femmes se prennent au collet, je décoiffent, et s'en vont; ce qui finit la scène. )

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