ACTE II, SCENE II
COLOMBINE
Diantre ! voilà de I)caux litres de noblesse , cent bois de cerf dans une famille! sans ceux quon y a idlroduits, et dont on n'a pas tenu de registre.
BOgU ILLARD.
Le malencontreux visage, que ce baron de La Dindonnière! Encore faut-il à ma fille un peu d'accointance, et cet iiomme-là seroit toujours à brosser les bois.
COLOMBINE
Ce ne seroit pas là le plus mauvais de l'affaire. Tandis qu'un mari court les bois, une femme peut chasser de son côté. Le meilleur gibier n'est pas toujours dans les forêts; il y a telle bête à Paris que j'aimerois mieux avoir prise que vingt sangliers. C'est un friand morceau pour une femme qu'une bure de caissier bien gras.
R O Q UI L L A R D , s'adbucissant.
En sorte donc, Colombine, que cet homme -là n'est point de ton goût?
COLOMBINEi
Non, ma foi; et toute servante que je suis, je n'en voudrois ni pour or ni pour argent.
ROQUILLARD.
Et moi, comment me trouves-tu? M'aimerois-tuinieux que lui?
COLOMBINE, le caressant.
Mille fois. Vous êtes fleuri, mûr, belle barbe, le C. 3
cuir doux et bien corroyé. Bon! bon! il y a bien de la comparaison 1
ROQUILL ARD.
La coquine ! je laime, que j'en suis fou. Bai... bai... baise-moi, friponne.
COLOMBINE
Oui, monsieur, que je vous baise! Il y a je ne sais combien que vous m'amusez; vous dites toujours que vous m'épouserez, et vous savez la peine que je prends à vous servir.
ROQUILLARD.
Il faut se donner patience ; tu es encore jeune.
COLOMBINE
Une fille, pendant ce temps-là, ne laisse pas de s'user; c'est comme un carrosse, qui dépérit autant 60US la remise qu'à rouler.
ROQUILLARD.
Va, va, ma bouchonne, console-toi; si je ne t'épouse pas, je te laisserai quelque chose en mourant.
COLOMBINE
Dépêchez-vous donc, monsieur; car j'ai bien de 4'impatience de gagner une petite somme d'argent , afin d'avoir le moyen d'être honnête fille jusqu'à la fin de mes jours.
ACTF. lî, SCÈNE IF. ?,',