SCÈNE VÏII
COLOMBINE
J'ai devint qu'il y auroit cette année bien des filous qui voudroient changer d'état; bien des maris qui voudroient porter le deuil de leurs feuunes, et encore plus de feniuies qui postuleroient des emplois de veuve.
M*"* JACQUEMARD
Ah ! voilà la question, madame.
COLOMBINE
Comment? est-ce que vous voudriez que votre mari fût mort?
M™e JACQUEMARD.
Non, pas tout-à-fait; mais je voudrois savoir si je serai mariée en secondes noces.
COLOMBINE
Donnez-moi votre main. Diantre î voilà une main bien nuptiale. Vous avez bien des soupirants ; entre autres, un certain baron de Grou...
M™e JACQUEMARD.
Groupignac, n'est-ce pas?
COLOMBINE
Groupignac, oui; un échappé des montagnes de l'Auvergne. Il vous a terriblement égratigné le cœur.
M™« JACQUEMARD
Cela est vrai, (à part.) Comme elle devine cela! (haut. ) Il m'a promis de m'épouser aussitôt que la place seroit vacante. Mais, vous le savez, les barons d'aujourd'hui sont si inconstants]
a88 LA SUITE DE LA FOIRE.
COLOMBINE, àpart.
Et les madames Jacquemard si laides !
M"'^ JACQUEMARD
Dites-moi un peu ce qu'il faudroit faire pour lé fixer dans le goût de me tenir un jour sa parole.
COLOMBINE
Avez-vous des bijoux, des diamants, de l'argent comptant?
M™e JACQUEMARD.
Oh! oui : je suis très bien nippée et très riche.
COLOMBINE
Eh bien ! écoutez la Sibylle : elle va vous dire ce qu'il faudra faire.
LA SIBÏLLE chante.
Quand on a passé sa jeunesse, On achète bien cher les fruits de la tendresse. Il ne faut pas qu'une vieille prétende Faire l'amour à communs frais ; Et trop heureuse encor que son argent lui rende Ce que l'âge sur elle a moissonné d'attraits !