‹ uvres complètes de Regnard (volume 4)Chapitre 3 sur 181 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

ragrattiers du Parnasse; il n'y a pas jusqu'aux femmes

qui le font trotter en vers alexandrins; et je ne sais

pas quel diable de train elles le font aller, mais il ne

revient jamais à récurie quil ne soit crevé de coups

d'éperon.

APOLLON

Puisqu'on a mis Pégase sur le pied d'un cheval de louage, c'est aux auteurs qui le louent à le nourrir.

THALIE

Et comment voulez-vous que les auteurs nourris* sent un cheval? Les pauvres diables ont bien delà peine à se nourrir eux-mêmes. Voyez-vous, dans le temps où nous sommes, on ne s'engraisse guère à mâcher du laurier.

APOLLON

Ils m'ont promis qu'ils ne feroient plus que de bonnes pièces : il faut espérer qu'ils seront plus gras cet hiver.

THALIE

Il est vrai que les auteurs et les comédiens sont du naturel des bécasses; ils n'engraissent point que le froid ne leur ait donné sur la queue. Franchement, ces messieurs-là nous barbouillent terriblement dans le monde ; car le public croit que c'est vous et moi qui leur inspirons toutes les sottises qu'ils mettent sur le théâtre.

APOLLON

Le public a tort. Mais, à propos de sottises, qu'estce qu'une pièce que les comédiens italiens ont affi-

cliée ? Lu coniéilic des comédiens cliinois? Cette troupe-là est toujours magnifique en titres.

T If AME.

C'est pour l'ordinaire le plus beau de leurs pièces; et, à vous parler franchement, je crois que celle-ci ne sera point meilleure que les autres : ce n'est pas cjue, si on se donne la peine de l'écouter jusqu'à la fin, ce qui est assez rare, on pourra peut-être s'y divertir.

APOLLON

Apparemment que le dernier acte est le meilleur de tous.

THALIE

Je ne crois pas pour cela qu'il soit bon ; il peut être meilleur que les autres, et ne pas valoir grand'chose. Mais comme les comédiens s'y disent un peu leurs vérités, et se donnent par-ci par-là quelque petit coup d'étrillé, il pourra être du goût du public, qui mord 4 la grappe quand il entend dauber un comédien.

APOLLON

n est naturel de se réjouir des coups de dent que ^reçoivent ceux qui nous ont mordus, et je suis bien aise que les comédiens commencent à se rendre justice, et à tourner contre eux-mêmes les traits dont ils ont piqué les autres; car enfin il n'y a point de profession qui ait échappé à leur satire ; procureurs, médecins, magistrats...

THALIE

Vraiment, ils ont bien fait pis, ils n'ont pas même

io PROLOGUE.

respecté les empereurs romains ni les maîtres à danser.

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