PROLOGUE
ragrattiers du Parnasse; il n'y a pas jusqu'aux femmes
qui le font trotter en vers alexandrins; et je ne sais
pas quel diable de train elles le font aller, mais il ne
revient jamais à récurie quil ne soit crevé de coups
d'éperon.
APOLLON
Puisqu'on a mis Pégase sur le pied d'un cheval de louage, c'est aux auteurs qui le louent à le nourrir.
THALIE
Et comment voulez-vous que les auteurs nourris* sent un cheval? Les pauvres diables ont bien delà peine à se nourrir eux-mêmes. Voyez-vous, dans le temps où nous sommes, on ne s'engraisse guère à mâcher du laurier.
APOLLON
Ils m'ont promis qu'ils ne feroient plus que de bonnes pièces : il faut espérer qu'ils seront plus gras cet hiver.
THALIE
Il est vrai que les auteurs et les comédiens sont du naturel des bécasses; ils n'engraissent point que le froid ne leur ait donné sur la queue. Franchement, ces messieurs-là nous barbouillent terriblement dans le monde ; car le public croit que c'est vous et moi qui leur inspirons toutes les sottises qu'ils mettent sur le théâtre.
APOLLON
Le public a tort. Mais, à propos de sottises, qu'estce qu'une pièce que les comédiens italiens ont affi-
cliée ? Lu coniéilic des comédiens cliinois? Cette troupe-là est toujours magnifique en titres.
T If AME.
C'est pour l'ordinaire le plus beau de leurs pièces; et, à vous parler franchement, je crois que celle-ci ne sera point meilleure que les autres : ce n'est pas cjue, si on se donne la peine de l'écouter jusqu'à la fin, ce qui est assez rare, on pourra peut-être s'y divertir.
APOLLON
Apparemment que le dernier acte est le meilleur de tous.
THALIE
Je ne crois pas pour cela qu'il soit bon ; il peut être meilleur que les autres, et ne pas valoir grand'chose. Mais comme les comédiens s'y disent un peu leurs vérités, et se donnent par-ci par-là quelque petit coup d'étrillé, il pourra être du goût du public, qui mord 4 la grappe quand il entend dauber un comédien.
APOLLON
n est naturel de se réjouir des coups de dent que ^reçoivent ceux qui nous ont mordus, et je suis bien aise que les comédiens commencent à se rendre justice, et à tourner contre eux-mêmes les traits dont ils ont piqué les autres; car enfin il n'y a point de profession qui ait échappé à leur satire ; procureurs, médecins, magistrats...
THALIE
Vraiment, ils ont bien fait pis, ils n'ont pas même
io PROLOGUE.
respecté les empereurs romains ni les maîtres à danser.