CONTE
Ces jours gras, un cabaretier ,
Des plus fripons de son métier ,
Avoit un muid, pour tout potage.
D'un bon vin vieux de l'Ermitage.
Un voisin curieux en voulut un flacon ; Les voisins du voisin le trouvèrent si bon. Qu'ils en firent tirer mainte et mainte bouteille. Mon scélérat, croyant faire merveille.
Et perpétuer son tonneau ,
Le remplissoit de vin nouveau.
Les fins gourmets entroient en danse.
ç^o PROLOGUE.
L'argent venoit en abondance ; Bref, la pièce eut tant de crédit , Qu'il ne fut ni grand , ni petit , Qui n'en voulût boire chopine.
Mon matois faisoit bonne mine ; Plus le vin vieux il débitoit, Et plus le vin nouveau marcboit, Espérant par ce stratagème, S'engraisser pendant le carême :
Mais par malheur le bon vin vieux s'usa, Et le nouveau du tonneau s'empara; Tant qu'à la fin, pour finir mon histoire, Personne n'en voulut plus boire.
A l'application.
Nous sommes, ne vous en déplaise,
Ce fripon de cabaretier,
Qui, depuis trois mois, à notre aise
Faisant valoir notre métier,
Alongeons notre comédie,
Et qui mêlons dans le tonneau
Quelques pintes de vin nouveau,
Pour vous le faire enfin boire jusqu'à la lie.
Le parterre, qui seul règle notre destin. Est ce fin gourmet de voisin Qui nous attire l'abondance; Mais aussi, par reconnoissance.
Pour quinze sous nous lui donnons
Pareil vin qu'au théâtre un écu nous vendons.