BÉLISE, ROGER, LE DRUIDE
BÉLISE
HoLA ! ho, quelqu'un! portier, limonadier, ouvreuses de loges! Depuis trois mois, on ne sauroit trouver à se placer dans cet hôtel de Bourgogne.
ROGER, au parterre.
Voilà une de ces bouteilles de vin que je vous avois promises; mais elle me paroît bien aigre.
BÉLISE
Bonjour, monsieur; jouez-vous encore aujourd'hui votre Baguette de Vulcain?
ROGER
Si nous la jouons? Je le crois, ma foi; et il ne tiendra qu à ces messieurs (montrant le parterre) que nous «e la jouions encore trois mois. Apparemment, madame, que vous cherchez votre mari?Esj.-il dans le cas de la baguette?
BÉLISE
Moi, un mari? Moi, chercher un mari? Est-ce que J'ai Tair d'une femme à mari?
ROGER
Je vous demande pardon; je vois bien que vous n'êtes qu'une femme à galant.
BÉLISE
Un bel-esprit comme moi, me soupçonner de dégénérer jusqu'aux êtres matériels! Apprenez, mon ami, que j'ai épousé l'antique, et que je n'aurai jamais d'autres maris que Juvénal, Horace, Virgile, et surtout le bôn-homme Homère.
ROGER
Vous avez fait là de belles épousailles. Avec de pareils maris, vous aurez bien de la peine à réparer les torts que la guerre cause au genre humain.
BÉLISE
Assez de filles se chargeront de ce soin-là; pour moi, je passe mes jours avec les livres, et je ne m'endors point que je n'aie une douzaine d'auteurs anciens sous mon chevet.
ROGER
On ne dispute pas des goûts; mais je connois des femmes aussi spirituelles que vous, qui dorment plus volontiers avec des modernes.
BÉLISE
On dit que dans votre comédie vous faites une comparaison du vieux temps avec le nouveau. Cela n'auçoit-il pas quelque rapport avec le parallèle des an-