SCÈNE I
ciens et des modernes, qui {)arta{^c à pressent tous nos beaux-esprits? Quel parti prenez-vous dans cette dispute-là, vous autres comédiens?
iio(;er.
Mais, madame, je vous en fais juge vous-même. En mille ans, les auteurs anciens ne nous produiroient pas un verre d'eau; et ce sont les modernes, comme vous voyez, qui font bouillir notre marmite.
B ÉLISE
Si je savois que vous parlassiez sérieusement, et que vous prissiez le parti des modernes...
BOGER.
Eh ! que feriez-vous ?
BÉLISE
Ce que je ferois? Je troublerois vos spectacles, je Ibuerois des gens pour siffler, et je vous empccherois de parler françois, jusqu'à ce que Pasquariel eût été reçu, pour son beau langage, à l'académie.
ROGER
L'herbe auroit tout le temps de croître dans le parterre. Mais vous entrez bien chaudement dans les intérêts de l'antiquité.
BÉLISE
Si j'y entre chaudement ! Vous ne savez donc pas que je suis le flambeau fatal qui vient d'allumer la guerre parmi les gens de lettres?
ROGER
Je ne croyois pas que cette nation -là fut belliqueuse.
EÉLISE.
Que dites-vous? Dans le dernier combat, trois de nos chefs furent blessés à mort d'un seul coup d'épigramme.
ROGER
Si on cbarge une fois les sonnets à cartouche, il en demeurera bien sur le carreau : les Invalides ne suffiront pas pour les blessés ; il en faudra mener quelques uns aux Petites-Maisons.
BÉLISE
Je soutiendrai les anciens envers et contre tous.
ROGER
j'ai à vous dire qu'il est inutile de vous tant échauffer; cette guerre-là est terminée.
BÉLISE
Cela ne se peut. On ne fait rien à 1 académie sans me consulter.
ROGER
Je ne sais pas si cela se peut; mais je sais bien que voilà l'arrêt que je porte dans ma poche. Lisez.
BÉLISE
Voyons. (Elle lit.)