SCÈNE II. iyj
IlOGER.
Je vous sais bon gré, à votre af;e, d'aimer la réforme.
ANGÉLIQUE
Elle veut m'hahiller à sa fantaisie. Le dernier corps qu'elle m'a l'ait faire me va jusqu'au menton; et vous savez qu'une fille aimeroit autant n'avoir point de gorge que de ne la pas montrer.
ROGER
C'est que les filles d'aujourd'hui aiment le grand air.
ANGÉLIQUE
Elle me contrôle sur tout. Crovez-vous qu'elle me défend de manger d'aucun ragoût? Elle dit qu'autrefois les femmes ne vivoient que de fruit et de laitage.
ROGER
C'est à peu près la même chose à présent, excepté que le fruit que mangent les dames est un peu plus épicé; et elles ont trouvé le moyen de se rafraîchir avec des jambons deMavence, des mortadelles, et des cervelas de la rue des Barres. Pour le laitage, c'est ordinah'ement du vin de Champagne comme il sort du tonneau.
ANGÉLIQUE
Du vin de Champagne ! Fi donc ! cela gâte le teint ; et je n'en bois plus, depuis que ma cousine m'a appris à boire du ratafia.
Vous avez là une jolie cousine.
joo L'AUGMENTATION DE LA BAGUETTE.
ANGÉLIQUE
Vous ne voulez donc point endormir ma mère?
ROGER
Non; car dans la colère où je suis contre elle, si je i'endormois une fois, elle courroit risque de ne s'éveiller de sa vie.
ANGELIQUE
Apprenez-moi donc ce qu'il faut faire pour l'empêcher de gronder.
ROGER
Voilà le druide, qui est homme expert dans ces cas-là; il va vous satisfaire.
Le DRUIDE chante.
Mère qui gronde, Qui tempête, et qui fronde, Fait son emploi dans le monde.
Quand elle est siu- son retour, JFille qui la laisse dire.
Et qui n'en fait que rire.
Fait sa charge à son tour.
ROGER
Air: De lanlureluf
Quand mère sauvage Dit dans ses leçons Que fille à votre âge Doit fuir les garçons , Vous devez répondre :
C est ce que j'ai résolu ; Lanturelu, lanturelu , lantrtrelu.
L'AUGMENTATION DE LA BAGUETTE, ror