‹ uvres complètes de Regnard (volume 4)Chapitre 60 sur 181 · SCÈNE L · texte numérisé non relu

SCÈNE L

t^ÉIilON, GALAOÏl

0 AL AOR

En vérité, seigneur, je vous trouve dans Un bien triste et moult piteux état depuis que vous êtes en ce diable de pays-ci. Pourquoi quitter votre royaume pour venir faire lie juif-errant dans les Gaules, et ne vous occuper qu à occir des géants et venger l'honneur des pucelles? Vous n aurez jamais fait à ce métier-là.

PÉRI ON, soupirant.

Ouf!

G AL A OR

Ouf! Cela me met le cœur en grande con>ponction et détresse, de voir que mon bon maître, le roi Périonj s'en aille comme cela le grand galop dans j autre monde. Par la digne épée que vous portez ^ révélez-iïioi l'ennui qui vous mal-méne.

PÉRI ON chante.

J'aime, hélas ! c'est assez pour être malheureux, 6. 8

ii4 LA NAISSANCE D'AMADIS.

G A L A O R chante aussi.

Sans cesse Ton vous voit voler de fille en fille ; A chaque gîte , enfin , vous changez chaque jour.

Si vous vous plaignez de l'amour,

C'est fort bien fait s'il vous houspille.

PÉRION

Ce n'est pas Famour que j ai ramassé dans les cabarets qui me secoue davantage... Hélas!

GA LAOR.

Et depuis quand donc les princes poussent-ils de si grands soupirs? Est-il quelque porte, tant vérouillée soit-elle, qui ne s'ouvre de prime-face à leur aspect? Et ne trouvent-ils pas toujours en leur chemin donzelle prête à leur accorder la courtoisie? -

PÉRION

Parbleu î tu en autas menti, petit truand d'amour; et il ne sera pas dit que je t'hébergerai dans mon cœur, sans que tu paies ton gîte.

G AL A OR

Mais , quelle est donc la petite carogne qui vous a si bien ajusté?

PÉRION

Tu connois la fille du roi chez qui nous demeurons depuis huit jours?

GALAOR

Qui,Élizène?

PÉRION

Ah! malheureux! quel nom est sorti de ta bouche? Oui, voilà le fatal brandon

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