‹ uvres complètes de Regnard (volume 4)Chapitre 8 sur 181 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

ROQUILLARD, PIERROT.

ROQUILLARD.

Certes, nul huissier, tant à verge qu'à cheval, n'oseroit avoir regardé la porte de ce mien château : il fut de tout temps le cimetière des sergents. Feu mon trisaïeul, Matthieu Roquillard, d'un seul coup d arquebuse , a mis bas cinq recors et deux procureurs fiscaux.

PIERROT

Diantre ! tout le pays lui eut bien de Tobligation \ car un de ces animaux-là fait plus de dégât dans une province, que douze bêtes puantes dans une garenne. Mais que veut dire cette belle architecture ? Cela flaire diablement la noce. Au moins , ne vous avisez pas de faire cette sottise-là.

ROQUILLARD.

Et la raison?

PIEEBOT.

C'est que le mariage ne sied point à une careasse décharnée comme la vôtre; et tout franc, vous êtes trop vieux pour faire souche.

ROQU ILLARD.

Sais-tu bien que dans la famille des Roquillarda les mâles n'entrent en vigueur que veis les soixantedix ans? Quand mon père me fabriqua, il en avoit septante-quatre, et ma mère octante-huit.

PIERROT

On voit bien, monsieur, que vous avez été engendré de deux vieilles rosses ; vous avez des salières sur les yeux à y fourrer le poing.

ROQUILLARD.

Tais-toi; j ai autre chose en tête que de répondre à tes sottises. C'est ma fdle Isabelle que je veux marier aujourd'hui.

PIERROT

Oh ! pour ce mariage-là, j'y baille mon autorité, et le plus tôt c'est le meilleur : il ne faut pas garder une fille passé quinze ans ; iï y a trop de déchet , et cette monnoie-là est diantrement sujette au décri.

ROQUILLARD.

Tu vois aussi que je mets les fers au feu. J'attends journellement un gentilhomme de campagne, un docteur, un major, et un comédien françois , tous partis sortables pour ma fille, selon qu'il m'a été ra^ conté; car je ne les ai point encore vus.

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