SCÈNE VIII
COLOMBINE, ARLEQUIIN.
COLOMBINE
Mais qui est cet homme-là?
ARLEQUIN, sans voir Colombine.
A deux liards , à deux liards. Voyez le peu de bonne foi qu il y a dans le commerce! On vouloit ravoir les nippes qu'on m avoit vendues d^ix liards... Quelque sot!... (Il aperçoit Colombirre.) N'est-ce point là de la marchandise à deux liards? (Il passe devant elle et l'examine.) Voilà apparemment quelque aventurière foraine. (Haut.) Mademoiselle, ne seriez -vous point par hasard de ces chauve-souris apprivoisées, qui gracieusent le bourgeois et lui proposent la collation ?
COLOMBINE
En vérité, monsieur, vous me faites plus dhonaeur que je n'en mérite. Et vous, ne seriez -vous
i54 LA FOIRE SAINT-GERMAIN.
point par aventure de ces chevaliers déshérités paf» la fortune, qui retrouvent leur patrimoine dans la bourse des passants?
ARLEQUIN
Ah! pour cela, mademoiselle, vous mettez ma pudeur hors des gonds. Je suis un gentilhomme, qui ai depuis peu quitté le service pour prendre de l'emploi à la Foire.
COLOMBINE
Sans trop de curiosité, peut-on vous demander si vous avez été long-temps dans le service?
ARLEQUIN
Dix ans.
COLOMBINE
En Flandre, ou en Allemagne?
ARLEQUIN
A Paris. J'y ai été trois ans cuirassier du Guet, après avoir servi volontaire dans le régiment de rArc-en-Ciel.
COLOMBINE
Je n'ai jamais ouï parler de ce régiment-là.
ARLEQUIN
C'est pourtant un des gros régiments du royaume; les soldats y sont tantôt fantassins et tantôt carrossiers, et sont habillés de vert, de rouge, et de jaune, suivant la fantaisie des capitaines.
COLOMBINE
Je commence présentement à avoir quelque teinture de VQtre régiment.