‹ uvres complètes de Regnard (volume 4)Chapitre 87 sur 181 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

(La ferme s'ouvre; on voit trois bustes, posés sur trois tables différentes, au milieu du théâtre.)

ARLEQUIN, seul.

Voici le rendez-vous de tous les curieux; C'est ici qu'on voit tout, pourvu qu'on ait des yeux; îci l'on entend tout, quand on a des oreilles. Et de l'argent , s'entend. O têtes sans pareilles! Vous, effort de mon art, miracle de ma main, Vous ne cesserez pas d'être mon gagne-pain. Tant que la ville En badauds sera fertile.

Vous êtes, il est vrai, de bois et de carton , Vides de sens commun, sans esprit, sans raison : Cependant vous allez prononcer des oracles; Mais on voit tous les jours de semblables miracles.

Que de cervelles à ressorts

Voyons-nous dans les plus grands corps,

Former de graves assemblées.

Décider de nos destinées?

En un mot, combien voyons-nous

De ces têtes tant consultées,

Qui n'ont pas plus d'esprit que vous !

(Une des têtes , représentées par la chanteuse , chante. )

Venez à nous , Accomez tous ;

i6o LA FOIRE SAINT-GERMAIN.

Rien n'est si doux Que d'apprendre sa destinée ;

Mais dans l'hyménée , L'ignorance est d'un grand secours.

Époux, ignorez toujours.

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