ACTE II, SCÈNE III
LE CHEVALIEU.
Je n'oublierai jamais le contrat de rente que madame vient de vendre pour remonter ma compagnie, et la fournir de buffles et de cocardes.
LA COQUETTE
Ah! fi donc, chevalier!
LE MARQUIS
Les présents pour moi ne sont pas ce qui me touche le plus. Madame m'a fait l'honneur de passer huit jours chez moi à ma maison de campagne, où assurément je n'ai pas eu lieu de me plaindre de ma mauvaise fortune.
LA COQUETTE
Monsieur le marquis est toujours obligeant.
LE CHEVALIER
Les faveurs de campagne sont des coups de hasard; mais un tête-à-tête...
LA COQUETTE
Taisez-vous donc, petit indiscret; je ne hais rien tant que les babillards.
LE MARQUIS
Tu diras, chevalier, tout ce qu'il te plaira; mais je paierai assurément.
LE CHEVALIER
Tu le prendras, marquis, comme tu voudras; mais absolument je donnerai de l'argent.
LE MARCHAND
Entre vous le débat : il n'importe qui paie, pourvu que je sois payé.
LE iïARQUIS.
C'est fort bien dit.
LE CHEVALIER
Tu as mison, mon ami.
LE MARQUIS, fouillant dans ses poches.
Et une marque certaine que je veux payer... Chevalier, prête-moi dix louis.
LE CHEVALIER, fouillant aussi dans ses poches.
Dix louis! Je te les prêterois volontiers, si je les avois; mais je veux être déshonoré, si j'ai un sou.
LE MARQUIS
Ni moi, ou le diable m'emporte.
LA COQUETTE
Je le savois bien , moi , que vous ne paieriez ni l'un ni l'autre.
LE MARCHAND
Ce n'étoit pas la peine de tant disputer à qui paieroit.
LA COQUETTE
Il faut dire la vérité; les gens de cour font les choses d'une manière bien plus noble que les autres.
LE CHEVALIER, au marchand.
Mon ami, que cela ne t'embarrasse point; je vais chez moi chercher de l'argent, et dans un moment je suis ici
en sort. ^