‹ uvres complètes de Regnard (volume 5)Chapitre 1 sur 200 · CHEZ E. A. LEQUIEN, LIBRAIRE · texte numérisé non relu

CHEZ E. A. LEQUIEN, LIBRAIRE

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J^ES tomes 5 et 6 de cette édition contiennent les comédies que Regnard a composées pour l'ancien théâtre italien ; on ne les trouve que dans peu d'éditions; sans doute parcequon les a jugées fort inférieures aux pièces que Regnard a composées pour le théâtre françois. Elles le sont en effet; cependant il y auroit de l'injustice à leur refuser toute espèce de mérite, et nous ne pouvons les croire indignes de figurer à côté des chefs-d'œuvre de leur auteur.

Les défauts qu'on peut leur reprocher tiennent à la scène pour laquelle elles étoient destinées. En général , les comédies de l'ancien théâtre italien étoient faites avec irrégularité, on peut même dire avec licence; c'étoient, pour la plupart, des intrigues communes, mal tissues, et vides d'action : on suppléoit à ces défauts par des scènes épisodiques.

Tout informes qu'elles étoient , ces comédies

plaisoient cependant au public, et à un public

éclairé, qui, en sortant d'applaudir aux grandes

pièces de notre scène françoise, ne dédaignoit

pas d'aller sourire aux boviffonneries de la corné* die italienne; et non seulement elles ont été accueillies favorablement à la représentation , mais elles se sont soutenues à l'impression; elles ont plu sans le secours des autres pièces du même poète : nous disons plus, elles ont servi à en soutenir d'autres , et Ion peut même assurer que c'est aux pièces de Regnard que le recueil de Gherardi a dû la plus grande partie de son succès. Ainsi, enjoignant ces comédies aux autres Œuvres de Regnard , nous n'avons pas à craindre qu'on nous fasse le reproche d'avoir grossi notre édition de pièces indignes de leur auteur.

Il est de notre objet , en donnant ces comédies, de dire un mot du théâtre italien, pour lequel elles ont été composées.

On ne donnoit d'abord à ce théâtre que des canevas; les acteurs les remplissoient : le jeu de ces acteurs et le goût que le public prit pour la langue italienne soutinrent pendant quelque temps ce genre de spectacle; mais ce goût ayant cessé, le jeu des acteurs fut insuffisant, et la salle devint déserte.

Quelques acteurs imaginèrent de parler françois, et par là ils ramenèrent le public. Dominique , ce fameux arlequin , dont le nom est toujours cher aux amateurs du spectacle italien, se

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permit le premier, dit-on, de parler la lanjjue nationale, juscpi alors étranjjère à son théâtre. Cette nouveauté éprouva des contradictions; Dominique les surmonta , comme tout le monde sait ; et depuis ce temps les principaux intri- (^ants de la scène italienne, lArlequin, le Mezzetin , le Scapin , etc. , sont demeurés en possession de parler François.

Insensiblement les autres acteurs les ont imités. On a hasardé des pièces presque entièrement françoises; quelques scènes italiennes courtes, et confiées aux acteurs les moins goûtés du public , ont été les seuls vesti.jjes que Ion ait conservés de l'ancien établissement. On peut fixer lépoque de ce changement à Tannée 1 687 ou 1 688 , et il a duré jusqu'à la suppression de la troupe en 1697.

Quand on commença à parler françois au théâtre italien , de jeunes auteurs composèrent des scènes pour les acteurs qui avoient obtenu ce privilège, mais ils s'asservirent peu à l'intrigue principale de la pièce ; ils ne songèrent qu'à donner des morceaux d'un comique chargé et propre à faire ressortir le jeu de ceux pour qui ils travailloient.

Quelques auteurs se sont entièrement consacrés à ce théâtre; tels ont été Fatouville et Mont-

chesnay : nous croyons pourtant qu'ils auroient

pu se promettre quelque succès sur un autre

théâtre , et peut-être la scène Françoise a-t-elle à

regretter qu'ils ne lui aient pas donné quelques

instants.

D'autres se sont contentés d'y faire l'essai de leurs talents. Regnard et Dufresny sont de ce nombre. C'est sur le théâtre italien que se sont d'abord exercées les plumes qui nous ont donné le Joueur^ le Légataire y les MénechmeSy le Double Veuvage, le Dédite etc.

Ce n'est pas cependant que ces deux auteurs aient regardé la scène italienne comme une école qui ne dût être fréquentée que par les commençants; ils n'ont pas dédaigné d'y travailler dans le temps même qu'ils jouissoient de toute leur gloire, et nous voyons qu'ils donnèrent ensemble aux Italiens leur comédie de la Foire Sainte Germain, dans la même année qu'ils ont donné aux François la pièce du Joueur, Fun des principaux fondements de leur réputation.

Les comédies de Regnard , destinées au théâtre italien , ont toutes été données dans l'intervalle dont nous avons parlé, de 1687 à 1697.

Nous croyons encore devoir donner quelques éclaircissements sur les acteurs qui ont joué dans les pièces que contient ce recueil.

Les peisonna^];es navoient pas, à la comcdie italienne, des noms purement arbitraires; un acteur choisissoit un caractère qui lui rcstoit propre; il ima^yinoit pour ce caractère un habillement particulier qu'il ne changeoit plus, et un nom sous lequel il ètoit connu du public.

Ainsi , les acteurs italiens n'ëtoient jamais étrangers à leurs rôles, comme le sont les acteurs des autres spectacles. Dans les pièces françoises, par exemple, le poète ne s'occupe que du personnage ; il force l'acteur d'en prendre le caractère et le ton. Dans les pièces italiennes, au contraire, Facteur ètoit le modèle; et le caractère théâtral qu'il s'étoit donné faisoit la loi à l'auteur qui Templovoit : on savoit d'avance comment dévoient agir et parler le Docteur, arlequin, Pierrot, etc. On jugeoit la pièce sur le rapport qu'elle avoit avec la conduite et le langage qu'on supposoit à ceux qui portoient tel nom et tel habit.

Ce n'étoit pas encore là la plus grande influence des acteurs italiens sur les pièces qu'ils av oient à jouer : quand Fauteur ne donnoit qu'un canevas, les acteurs qui le remplissoient devenoient auteurs eux-mêmes ; ils contribuoient essentiellement au succès, bon ou mauvais, de la pièce.

On peut juger de là qu'il n'est pas inutile, en

donnant au public des pièces du théâtre italien , de donner en même temps la notice des acteurs qui en ont été chargés ; non seulement ils les faisoient valoir par leurs talents, mais encore ils servoient de guides à ceux qui les composoient. Regnard est, à la vérité, celui qui leur doit le moins; il a peu de canevas, et d'ailleurs les scènes épisodiques qu'il y cousoit , de même que les pièces quil composoit en entier, se soutenoient par elles-mêmes; mais il lui a fallu se conformer à l'usage, et donner à ses personnages les noms et les caractères qu a voient pris les acteurs de son temps.

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