NOTICES
Sur les actctirs de l'ancienne troupe italienne qui ont jour dans les pièces de Regnard.
AuRÉLio. Bartliolomeo Raniéri a joué les aiDOureux après la retraite de Zanotti , dit le vieil Octave : il a débuté en i685, et a joué jusquen 1689. Cet acteur a rempli le rôle d'Aurélio dans la comédie du Divorce. On faisoit peu de cas de son talent dramatique. On sait qu'il a été obligé de se retirer par ordre de la cour.
CiNTHio. L'acteur qui a pris ce nom au théâtre est connu comme auteur et comme acteur : il a débuté en 1G67. Son emploi étoit celui des seconds amoureux; il se nommoit Marc-Antoine Romagpiési («).
En 1694, à la mort de Lolli, connu au théâtre sous le nom du docteur Balouard, Romagnési prit son habit et son emploi, et joua ce rôle jusqu'à la suppression.
Romagnési étoit essentiel à la troupe, de plusieurs manières; indépendamment de son jeu sage et vrai, il a donné plusieurs canevas italiens , mêlés de scènes françoises, dont il nous reste quelques fragments, d'après lesquels il seroit trop rigoureux de les juger; on se contentera d'observer qu'on les voyoit alors avec plaisir.
Octave. C'est le nom qu'a pris Jean-Baptiste Cons-
(i) Cet acteur étoit aïeul d'Antoine Romafinési, comédien de la nouvelle troupe italienne, connu par les agréables parodies qu'il a îLiites en société avec Dominique.
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tantini, qui a succédé à Raniéri dans l'emploi des amoureux. Cet acteur a paru, pour la première fois, dans la pièce intitulée, les Folies d'Octave, composée pour ses débuts, en 1688 ; et il a joué jusqu'à la suppression.
Depuis ce temps, au lieu de retourner en Italie, comme la plupart de ses camarades, il est resté à Paris, et a entrepris des spectacles forains.
Octave étoit bel homme, mais acteur médiocre. La pièce dans laquelle il plaisoit le plus étoit les Folies dOctave; mais il en étoit moins redevable à son jeu qu'à ses talents pour la musique et la danse. On remarque qu'il y jouoit de huit instruments différents (i).
Le Docteur. Deux acteurs ont rempli ce rôle.
Le premier, Constantin Lolli, a joué depuis i653, jusqu'à sa mort, arrivée en 1694. Cet acteur, connu au théâtre sous le nom du docteur Gratien Balouard, a joui de la plus g^rande réputation : il a donné à ce personnage un caractère de caricature italienne, dont ses successeurs n'ont été que de foibles imitateurs.
Le second, Marc-Antoine Romagnési, avoit joué jusqu'alors les amoureux, sous le nom de Cintliio, comme nous l'avons vu à son article. Il a remplacé Lolli jusqu'à la suppression de la troupe. Son jeu étoit plus sage,
(i) Le deux novembre 1688, les comédiens italiens ont joue' , pour là première fois, une comédie italienne, intitulée : les Folies d'Oc- TAVio. Celui qui représente Octavio est un jeune homme qui fait le personnage d'amant; il est fils de Gradelin et frère de Mezzetin. Il fut applaudi de toute l'assemblée : il joua de sept sortes d'instruments, savoir, la flûte, le téorbe, la harpe, le psaltérion, la cymbale, la ffuitare , et le hautbois ; et le lendemain il y ajouta l'orgue. Il ne chante pas mal , et danse fort bien ; il est bien fait de sa personne. {Note manuscrite de M. de Tralage.y
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et moins cliarpfé que celui de son prédécesseur, et par là moins agréable au public. Homa^nési est mort à Paris en 1706.
Arlequin. L'ancienne troupe a eu deux acteurs de ce nom.
Le premier, quiétoit le fameux Dominique, n'a figuré que dans une des comédies de Regnard , le Divorce; encore une note de Ghérardi nous apprend-elle que cette pièce ne réussit point entre ses mains.
La grande réputation de cet acteur ne nous permet pas de le passer sous silence. Il se nommoit Joseph Dominique Biancolelli (') : il a remplacé Locatelli, qui, sous le nom de Trivelin, jouoit les mêmes rôles que Dominique a joués depuis sous le nom d'Arlequin. Il a conservé l'habit et le masque de son prédécesseur, et a seulement ajouté la batte ou sabre de bois, queneportoit point Trivelin.
Personne n'ignore à quel point de perfection Dominique a porté le rôle dont il a été cliargé , et la grande sensation qu'il a faite. Sa mémoire sera toujours chère aux amateurs de la comédie italienne.
On ne peut trop s'étonner, d'après cela, que la comédie du Divorce ait échoué entre les mains de cet acteur, pour avoir ensuite un succès complet, lorsque le rôle d'Arlequin a été rempli par Ghérardi, qui lui étoit très inférieur. Pour n'être pas obligés de douter de la sincérité de Ghérardi , qui nous transmet cette anecdote ,
(i) Pierre-François Biancolelli, surnommé aussi Dominique, l'un de ses fils, a joué dans la nouvelle troupe les rôles de Trivelin ; il est connu plus avantageusement par les parodies qu'il a composées pour ce théâtre en société avec Romagnési.
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nous observons qu'il est possible que le jeu de Dominique se soit trouvé gêné dans une comédie écrite en entier, et qu'il ait eu besoin, pour le faire paroi tre dans sa perfection , de la liberté que lui donnoient les canevas italiens.
Dominique a débuté en 1660; il a joué jusqu'à sa mort, arrivée en 1688.
Sa perte consterna ses camarades : ils restèrent un mois sans jouer; au bout de ce temps, voici l'affiche qu'ils firent poser :
u Nous avons long-temps marqué notre déplaisir par a notre silence, et nous le prolongerions encore, si l'apupréhension de vous déplaire ne l'emportoit sur une «douleur si légitime. Nous rouvrirons notre théâtre « mercredi prochain , premier septembre 1688. Dans <i l'impossibilité de réparer la perte que nous avons faite, u nous vous offrirons tout ce que notre application et ii nos soins ont pu fournir de meilleur. Apportez un peu u d'indulgence , et soyez persuadés que nous n'omettrons u rien de tout ce qui peut contribuer à votre plaisir. »
Le second Arlequin de l'ancienne troupe a été Evariste Ghérardi. Malgré les éloges que cet acteur se donne, on a peine à croire qu'il fût comparable à Dominique. Les auteurs contemporains ne font ni l'éloge ni la critique de son talent théâtral ; c'étoit beaucoup qu'on le supportât après l'acteur inimitable qu'il remplaçoit. Cela seul suffit pour nous persuader qu'il avoit du talent.
Ghérardi a plus de droit à notre estime , par le recueil qu'il a donné des pièces françoises de son théâtre. C'est à ce recueil , fait avec soin et intelligence, que nous
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sommes rrdt val)U s de la conscrvfition de pUisirui g pièces très afjri abics.
Nous avons déjà parlé de l'accueil que le public a fait à cette entreprise. Ghcrardi n'avoit d'abord hasardé que quelques scènes des plus saillantes, et qui avoient exe i lé au théâtre le plus d'applaudissemenls. Son premier recueil a paru en 1696.
Après la suppression de la troupe, Ghérardi, encouragé par le succès de sa première tentative, a donné, en leur entier, les pièces dont U n'avoit d'abord présenté que des fragments, et l'on a reçu avec avidité ce qui rappcloit le souvenir d'un spectacle que l'on regrettoit.
Ghérardi avoit épousé Elisabeth Daneret, actrice de sa troupe, sous le nom de la Chanteuse. Il est mort subitement en août 1700.
Mezzetin. Ce rôle a été imaginé à Paris par Angclo Constantini.
Cet acteur avoit d'abord débuté sous le nom et l'habit d'Arlequin. Il plaisoit peu : cela le détermina à quitter le masque, et à jouer les seconds intrigants, sous l'habit de Mezzetin , qui est de son invention. De cette manière, il se rendit supportable, et continua de doubler Dominique. Après la mort de cet acteur, Mezzetiu, reprit le masque et l'habit d'Arlequin, et voulut prendre les emplois de Dominique, en conservant toutefois le nom de Mezzetin; mais il ne fut point goûté : on lui conseilla de quitter une seconde fois le masque. Dans ce temps Ghérardi débuta et fût reçu pour jouer le rôle d'Arlequin et remplacer Dominique; jNîezzetin continua de le seconder.
Il seroit difftèile de bien juger des talents de cet
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acteur, trop exalté par les uns, et trop déprimé parles autres. On sait qu'il étoit d'une figure très agréable, et qu'il plaisoit beaucoup plus à visage découvert que sous le masque.
Pour donner une idée de la diversité des opinions sur son compte, nous rapporterons des vers faits par La Fontaine, pour être mis au bas de son portrait, et la critique qu'en a faite le poète Gacon.
Voici les vers de La Fontaine :
Ici de Mezzetin , rare et nouveau Protée, La figure est représentée :
La nature l'ayant pourvu Des dons de la métamorphose, Qui ne le voit pas, n'a rien vu; Qui le voit , a vu toute chose.