LE BARON DE PLAT-GOUSSET, NIVELET
LE BARON
Garçon! hé! Y a-t-il là quelqu'un? Le souper est-il prêt? La peste soit de l'auberge!
NIVELET.
QuWez-vous donc, monsieur le baron? Vous me paroissez bien fâché.
LE BARON
Oui , morbleu ! je le suis, et j'ai raison de l'être. Je sors présentement de l'Hôtel de Bourgogne, et j'en suis si outré, que si je trouvois à présent un comér dien italien, la moindre chose qu'il lui en coûteroit^ ce seroit une oreille,
2^0 LA CRITIQUE, etc.
N I V E L E T , montrant son naanteau déchiré.
Je n en suis guère plus content que vous. Tenez » voilà tout ce que j ai pu sauver de mon manteau; j'ai laissé le reste au parterre.
LE BARON
Rien ne prouve mieux la dépravation du goût du siècle que l'affluence des femmes, des carrosses et des chevaux qui vont à cette comédie. C'est une maladie qui gagne la cour.
NIVELET.
Franchement, vous autres gens d'épée, vous avez quelque sujet de la fronder : il me semble que parfois on vous donne sur la crête.
LE BARON
Et oui; les rohins y sont fort flattés. L'amour par anicles ; c'est un endroit bien appétissant pour les femmes.
NIVELET.
Oh! ma foi, s'il y a quelque chose de passable, c'est quand le vicomte dépouille cette innocente jusqu'à un jonc d'or qu elle a au doigt. Ces couleurs ne crayonnent pas mal les gens d'épée, qui, pendant un quartier d'hiver, vous sucent une femme jusqu'au dernier bijou. .
LE BARON
Oii est le mal , s'il vous plaît , à un officier qui part pour l'armée, de plumer une femme? dans 'le fond, on n a en vue que le service du roi.
LA CHITignK, etc. 9.11