ACTE III, SCÈNE Vlir. 20C
que d'une dent, et je ne veux point de {gendre dont la harbe ne tient point.
ARLEQUIN
Ni moi d'un beau-frère qui postule après une cravate de chanvre.
M BASSINET
Ni moi d'une fdle qui a eu des détorses de neuf mois. Allez, vieux radoteur, aux Petites-Maisons, avec votre chianlit. Je venois pour vous dire que je ne voulois point de la fdle d'un fou, et qui passe toutes les nuits avec des godelureaux. Fi! la vilaine!
ARLEQUIN
Adieu, adieu; bon voyage, mon ami : à la Grève, à la Grève. ( à Isabelle.) Consolez -vous, la belle; je vais vous présenter un époux qui vaudra bien cette vilaine égoutture de bassin. Tenez, beau-père (montrant Octave quiest dcguisé), ce sera là votre second gendre; c'est un grand seigneur de mon pays.
ISABELLE
Ah , ciel ! c'est Octave !
(Octare lui fait un compliment en italien. ) BROCA^^TIN.
Qu'est-ce qu'il jargonrie là ?
ARLEQUIN
C'est un compliment tonquinois. Il dit qu'elle est une étoile resplendissante de perfection, et que, si la queue de son manteau étoit plus longue, il la prendroit pour une comète.
Isabelle repond en italien au compliment d'Octave. )
BROGANTIN.
Quoi! ma fille sait déjà le tonquinais?
ARLEQUIN
Bon ! c'est une langue qui s'apprend par infusion; et s'il vous ëpousoit , vous sauriez le tonquinois dans deux heures.
BROCANTIN.
Puisque' cela est ainsi, je veux bien faire le mariage d'Isabelle; mais dites-moi auparavant, est-il curieux ?
ARLEQUIN
Bon ! c'est le Dautel du pays ; il troque des nippes à tous moments, et je vous réponds qu'avant qu'il soit deux jours, il aura troqué sa femme. Je m'en vais vous faire voir toutes mes curiosités, et l'équipage de ma future.
(Arlequin fait un signal; le fond du théâtre s'ouvre, et il paroît un cabinet rempli de tableaux de Téniers, figurés par des pcrsonnaf;es naturels. )
BROGANTIN.
Voilà qui est très beau. Ces tableaux-là sont tous originaux.
ARLEQUIN
Vous Tavez dit. Et ce gros singe-là, comment ïe trouvez-vous?
{Il lui fait remarquer un singe qui est dans un des tableaux.) BROGANTIN.
Joli, ma foi! on diroit qu'il me regarde.
ARLEQUIN
Cela pourroit çtre , car il vous ressemble comme
ACTR m, SCÈNt VHI. !>it
deux [jouttcs d'eau , et vous savez que la rcsseniblaiice engendre lamitié. Mais il faut vous détromper. Vous avez cru que c'étoient là des tableaux vérilables.
BROCANTIN.
Assurément, et je le crois encore.
ARLEQUIN
Et c'est ce qui vous trompe. Tout cela ne tient que par le moyen d'un ressort que je vais toucber, et vous verrez que toutes ces figures prendront mouvement. (Arlequin s'approche de l'un des côtes du cabinet, et frappant sur une table, toutes les figures qui sont représentées dans les tableaux en sortent en chantant, dansant et joiiant de divers instruments. Pasquariel, en singe, fait plusieurs sauts périlleux; Brocantin le regarde avec admiration , et Arlequin lui dit : ) Voyez -VOUS
bien ce singe? Il accompagne dé la guitare on ne peut pas mieux. Je m'en vais vous le faire voir. ( Au singe.) Quiribirichy?
( Le singe répond en faisant une grimace , et en même temps se jette sur une guitare qu'un homme de la suite d'Arlequin a enti e les mains. )
ARLEQUIN, à Brocantin.
Avez-vous entendu ce qu'il a dit?
Non. Est-ce que j'entends le langage des singes, moi?
ARLEQUIN
Vous avez pourtant la physionomie d'une guenon, il dit qu'il va prendre sa guitare. Le voilà; écoutez
ME ZZ ET IN, habille en flamand, une pipe au chapeau, tenant un pot à bière d'une main , et un grand verre de l'autre , chante l'air qui suit, et le singe accompagne de la guitare.
Pata, pata, pata, pon.
Amis , je m'en vais à la guerre ;
J'ai pour épée un flacon , Et pour mousquet un grand verre.
La santé du roi , Porte-la-moi :
Dépéche-tôi ; Car je suis mort si je ne boi.
Au son de cet instrument, Je sens que mon cœur se réveille ;
Il faut, pour être content.
Toujours la pipe et la bouteille.
La santé du roi.
Porte-la-moi :
Dépécbe-toi ; Car je suis mort si je ne boi.
FIN DE l'homme A BONNES FORTUNES^.
LA CRITIQUE
DE
SUR LA CRITIQUE
DE
(^ETTE petite comédie a été représentée, pour la première fois, le premier mars 1690.
Elle est une preuve de l'empressement avec le quel ou couroit aux représentations de l'Ho>jme A BONNES FORTUNES. Si Ton en croit la critique, la presse étoit telle, qu'on y étoit étouffé, volé, déchiré : l'embarras des carrosses faisoit qu'on ne pouvoit rentrer chez soi à l'heure commune du souper. En supposant un peu d'exagération dans ce détail, il n'en résulte pas moins que la pièce qui y a donné lieu étoit très suivie.
La Critique est elle-même une très jolie pièce, et Tune des meilleures de ce genre, après la Cri'^ tique de [Ecole des femmes; on n'en excepte pas même la Critique du Légataire, que Regnard a donnée depuis au théâtre françois : il y a répété
oi6 AVERTISSEMENT, etc.
plusieurs idées de la première critique , et le rôle de Bonaventure a quelque ressemblance avec celui de Bredouille; mais le premier est plus plaisant que l'autre : il n'est rien de plus comique c{ue le compte qu'il rend de la pièce. Le marquis est un petit-maître ridicule qui peut avoir quelques rapports avec plusieurs rôles de ce genre que Regnard a mis sur la scène , mais qu'il a plus cliargë que les autres , et la pièce est termine'e d'une manière qui ne pouvoit convenir qu'au théâtre italien.
Cette comédie est le portrait véritable, quoique un peu chargé, de quantité d'originaux qui fréquentent les spectacles. Elle n'a point été reprise.
LA CRITIQUE
DE
ACTEURS
NIVELET, procureur fiscal. Pieirot.
LE BARON DE PLAT-GOUSSET. Cinthio.
LA COMTESSE DE LA GINGANDIÈRE, femme
grosse. Colomhine.
LA BARONNE, cousine de la comtesse.
LE MARQUIS DE ROUSSIGNAC. Arlequin, M. BON AVENTURE, pédant. Mezzetin.
CLAUDINE, servante d'hôtellerie. Isabelle.
La scène est à Paris , dans une hôtellerie.
LA CRITIQUE
DE