SCÈNE IV
UN MARQUIS ridicule, sortant brusquement de sa chaise, tout en désordre, sa perruque de travers et sa chemise de'chirce; 1« acteurs de la scène pre'cédente, à la reserve de la comtesse.
LE MARQUIS
Holà, quelqu'un ! de la chandelle, du feu, une bassinoire. Ah ! mademoiselle, je crois qu'il ne me reste de vie que pour faire mon testament.
LA COUSINE
Comment, monsieur le marquis! quavez-vous?
LE MARQUIS
Ma foi, mademoiselle, il ne me reste présentement pas grand'chose; je n'ai qu'un parement de manche, le cuir de mes poches, et quelques lambeaux de chemise. Voyez comme me voilà ajusté! un justaucorps neuf tout marbré de cambouis depuis les pieds jusqu'à la tête.
LA COUSINE
D'où vient donc tout ce délabreraent-là? vous êtesvous battu?
LE MARQUIS
Avoir résisté trois semaines à la tentation , et
2^8 LA CRITIQUE, etc.
m'être laissé aller comme un coquin! Ventrebleu! j'enrage du meilleur de mon cœur.
LA COUSINE
Est-ce quelque rival qui vous a houspillé? Voilà d'ordinaire le succès des bonnes fortunes.
LE MARQUIS
Que maudits soient la bonne fortune, Arlequin, sa clique, et la curiosité qui m'a pris aujourd'hui! J'ai levé le nez tantôt au coin d'une rue ; j'ai vu un papier rouge , j'ai demandé à mon laquais , qui lit ordinairement pour moi, ce que c'étoit : le brutal m'est venu dire que c'étoit encore cette comédie dont tant de femmes m'avoient rompu la tête. J'y ai été; et vous voyez comme j'en reviens.
LA COUSINE
C'est une chose qui crie vengeance, que le mauvais goût de Paris, et l'âpreté que l'on a en ce pays-ci pour les sottises. Je suis sûre que si l'on jouoit cette comédie-là en province, en trente ans il n'y auroit pas un chat.
LE MARQUIS
Bon! Paris n est-il pas le magasin de l'impertinence? il ne faut que les fesses d'un singe pour mettre tous les badauds en campagne. Pour moi, je crois qu'il faudra que je retourne encore plus de vingt fois à cette comédie-là pour y trouver le mot pour rire.
LA COUSINE
Oh! monsieur le marquis, vous me feriez bien plus de plaisir d'y retrouver ma bourse. Je n'ai ja-