‹ uvres complètes de Regnard (volume 5)Chapitre 119 sur 200 · MEZZETIN, PIERROT, COLOMBINE · texte numérisé non relu

MEZZETIN, PIERROT, COLOMBINE

M E Z Z E T I N , apercevant Colombine.

Que vois-je, Pierrot? Ai-je la berlue ? Oui... non... si fait : c'est elle : c'est ma sœur.

PIERROT

Je n'en crois rien, monsieur, si je n'y touche.

MEZZETIN

C'est elle-même. Et que faites-vous donc ici, madame la coureuse ?

COLOMBINE

Ah! mon frère, ne vous emportez point; je vous dirai....

MEZZETIN

Et que me diras-tu , effrontée? Tiens, il me prend envie de faire une capilotade de ton foie, de ta fressure, de ton gésier.

COLOMBINE

Mon pauvre Pierrot...

PIERROT

Mon pauvre Pierrot! Votre frère a raison ; j'aime

rhonneur, moi; et je ne veux pas qu'une fille coure le guilledou.

ME ZZ ET IN

Parle donc; dis-moi, quelle raison as-tu eue de sortir de la maison paternelle , carogne , carognissime ?

PIERROT

Voulez-vous parier, monsieur, que c*est l'amour qui l'a mise en campagne? Les filles sont des vaisseaux qui ne vont d'ordinaire que de ce vent-là.

COLOMBINE

Je vous dirai, mon frère, que, sitôt que vous fûtes parti , il vint un jeune cavalier, le plus civil du monde, demander à loger dans notre hôtellerie : pour ne pas paroître moins civile que lui, je lui fis toutes les honnêtetés dont j'étois capable. Aussi pourquoi me laissez-vous seule?

(Elle pleure en disant ces derniers mots.) PIERROT.

Je VOUS l'ai toujours dit, monsieur; il faut de la compagnie aux filles, quand ce ne seroit qu'un manche à balai.

Eh bien?

COLOMBINE

Sitôt qu'il fut arrivé, il me pria, mais le plus honnêtement du monde, de lui donner une chambre. Pour lui faire plaisir, je le menai moi-même, par civilité, dans la belle chambre qui est de plain-pied à la cour»

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