MEZZETIN, PIERROT, COLOMBINE
M E Z Z E T I N , apercevant Colombine.
Que vois-je, Pierrot? Ai-je la berlue ? Oui... non... si fait : c'est elle : c'est ma sœur.
PIERROT
Je n'en crois rien, monsieur, si je n'y touche.
MEZZETIN
C'est elle-même. Et que faites-vous donc ici, madame la coureuse ?
COLOMBINE
Ah! mon frère, ne vous emportez point; je vous dirai....
MEZZETIN
Et que me diras-tu , effrontée? Tiens, il me prend envie de faire une capilotade de ton foie, de ta fressure, de ton gésier.
COLOMBINE
Mon pauvre Pierrot...
PIERROT
Mon pauvre Pierrot! Votre frère a raison ; j'aime
rhonneur, moi; et je ne veux pas qu'une fille coure le guilledou.
ME ZZ ET IN
Parle donc; dis-moi, quelle raison as-tu eue de sortir de la maison paternelle , carogne , carognissime ?
PIERROT
Voulez-vous parier, monsieur, que c*est l'amour qui l'a mise en campagne? Les filles sont des vaisseaux qui ne vont d'ordinaire que de ce vent-là.
COLOMBINE
Je vous dirai, mon frère, que, sitôt que vous fûtes parti , il vint un jeune cavalier, le plus civil du monde, demander à loger dans notre hôtellerie : pour ne pas paroître moins civile que lui, je lui fis toutes les honnêtetés dont j'étois capable. Aussi pourquoi me laissez-vous seule?
(Elle pleure en disant ces derniers mots.) PIERROT.
Je VOUS l'ai toujours dit, monsieur; il faut de la compagnie aux filles, quand ce ne seroit qu'un manche à balai.
Eh bien?
COLOMBINE
Sitôt qu'il fut arrivé, il me pria, mais le plus honnêtement du monde, de lui donner une chambre. Pour lui faire plaisir, je le menai moi-même, par civilité, dans la belle chambre qui est de plain-pied à la cour»