ACTE H, SCÈNE II
bien son métier de fille; mais c'est une petite impru- <l(MitL', (|ni sert au pninier venu ce <|u'elle ne devroit servir qu'à moi seul. N'ai-je pas lieu de me plaindre^
Assurément, elle a tort. Je vous dirai cependant, monsieur, qu'on est ici fort exact à donner aux compan^nies ce qu'elles demandent. Tout-à l'heure encore, je n'ai pas voulu donner au coche ce chat de garenne que le messager avoit retenu. D'où vient donc, coquine, que vous faites de ces impertinences-là?
ISABELLE
Moi, servir à un autre ce que je vous ai promis? Dites plutôt, monsieur, que vous n'avez pas voulu vous contenter de ce que vous aviez choisi vousmême, et que Tappétit vous est venu en mangeant.
ARLEQUIN
Pardi, monsieur, si vous êtes si fantasque, il n'y a pas moyen de vous contenter.
ISABELLE
Vovez, je vous prie, si ce n'est pas assez pour le repas d un homme seul : je lui présente une jeune poularde, tendre, grasse jusqu'au bout des ongles, comme moi: monsieur n'est pas content; il en veut encore une autre.
ARLEQUIN
Diable! monsieur, comme vous y allez! il ne faud 'oit encore qu'un homme comme vous pour mettre " toute une rôtisserie à feu et à sang.
-iCô LES FILLES ERRANTES.
GINTHIO.
Hé! ne la croyez pas. Je me serois fort bien contenté de la poularde; je ne suis pas si grand mangeur: mais je sais qu'on la présente à tout venant; on Fa déjà servie sur vingt tables différentes, et je ne suis pas bomme à m'accommoder du reste de toute la terre.
ARLEQUIN
Ab! parbleu! monsieur, prenez garde, s'il vous plaît, à ce que vous dites ; je ne m'entends point à ce tripotage-là, et l'on ne sert cbez moi que des viandes neuves. Parlez, a-t-on jamais vu manger ici la même poularde deux fois?
ISABELLE
Bon! né voyez-vous pas bien que monsieur ne sait ce qu'il dit? Jamais personne n'y avoit toucbé; c¥toit une volaille délicate que j'avoispris soin d'élever, et que je nourrissois à la brocbette avec autant de plaisir que si c'eût été moi-même; elle faisoit envie de manger à tous ceux qui la voyoient. et cependant je ne la gardois qu'à monsieur. Allez, cela est bien vilain de reconnoître si mal les soins que l'on prend pour vous.
ARLEQUIN
C'est peut-être que vous n'aimez pas la viande bardée; une autre fois on vous la fera larder.
CINTHIO
Bardé, lardé, cela m'est indifférent : quand les cboses sont bonnes, je les trouve telles; je ne m'y laisse point attraper.
Acn: II, sckm: n. -^fyy