C 01,0 M BINE
Vinjjt ans ajuès sa mort!... Kh ! oui.... Les femmes seroleni trop heureuses, si leur tendresse duroit seulement vingt jours.
ISABELLE
Vous me surprenez.
COLOMDINE.
La variété de leurs modes ne marque-t-elle pas Finconstance de leur humeur? Aujourd'hui ils portent des perruques qui leur pendent jusqu'aux genoux, demain ils en auront d'autres qui ne leur passeront pas les oreilles; ils sont quelquefois habillés le plus simplement du monde; deux jours après il faut les chercher dans leurs dentelles et leurs rubans; tantôt ils sont serrés dans leurs habits et empaquetés comme des momies, et quelquefois une pièce de drap ne suffit pas pour leur faire une manche d'été : enfin , tout est girouette dans un François, depuis les pieds jusqu'à la tête.
ISABELLE
Cela peut être vrai pour l'ajustement et la manière de s'habiller; mais pour le cœur, je ne les crois point si sujets au changement.
COL 0MB IN E.
Oh! vous avez raison; ce sont des miroirs de fidélité. Voulez-vous que je vous représente un François qui veut surprendre la tendresse d'une jeune
personne? Premièrement, je vous avertis que la braise n'est pas plus chaude. Ah! ma chère enfant! ma princesse! que de beautés! que de charmes! Les dieux ont-ils jamais rien fait d'aussi parfait que vous? Non, mon amour ne peut aller plus loin , et je suis au désespoir de n'avoir que des termes ordinaires pour vous l'exprimer. Voulez -vous que j'expire à vos pieds? Vous ne me dites rien. Il faut donc mourir? puisque votre cruauté l'ordonne. Là-dessus, on pleure, on laisse échapper un gros soupir, on se donne de la tête contre un coin de cheminée : il n'en faut pas davantage; voilà une femme dans la nasse.
Mais vraiment! je le crois bien; un homme qui s'explique de la sorte est fort aimable. Le moyen de résister à ces gros soupirs-là! J'avoue qu'il ne m'en faudroit pas beaucoup d'un pareil style pour me persuader. Je sens que j'ai le cœur françois.
COLOMBINE
Voilà qui est le plus joli du monde; mais regardons le revers de la médaille. Je m'en vais vous faire voir un François sur son retour de tendresse, c'est-àdire huit jours après la déclaration.
ISABELLE
Voyons.
COLOMBINE passe de l'autre côté , et contrefait l'amant et la maîtresse alternativement.
Ma foi ! madame, je suis bien las de vos manières ; je ne viens point chez vous que je n'aie quelque sujet
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de cliafjriii. — Vous y venez si peu, monsieur, qu'au moins n'en avcz-vous pas souvent. — Parbleu! madame, on a ses affaires. — Quand vous commenciez ;\ m'aimer, vous n'en aviez point d'autres que votre ;ni»our. Est-ce là la tendresse que vous m'aviez jurée?
— Mais, madame, cela ne peut pas toujours durer.
— Vous m'aviez tant fait de serments que votre passioîi seroit éternelle. — Madame, je le crovois. — Injjrat, iufitlcle. — Oh! madame, point d'injures: vous pouvez mettre écriteau à votre porte; prendra le bail de votre cœur qui voudra; adieu. Voilà mon François parti.
ISABELLE
Mais vraiment! mademoiselle, si cela est comme vous voulez me le faire entendre , un François n'est pas une meilleure pratique pour une femme qu'un Italien.
COLOMBINE
Encore pis. Croyez-moi, tenons-nous corhme nous sommes. Pour moi, infidèle pour infidèle, j'aime autant Octave qu'un autre. Adieu, mademoiselle; je vous promets que je n'entreprendrai rien sur le cœur de votre amant, et qu'à cet égard vous n'aurez point de sujet de crier au voleur.
ISABELLE
Un cœur est pourtant un larcin dont les femmes, aujourd'hui, ne se font pas prand scrupule.
(Scènes italiennes.)