ACTE IIÏ, SCI'NE TV
ARLEQUIN, à part.
Vous verrez que c'est un de ces sots qui se sont laissé prendre.
LE nOLLANDOIS.
Moi avoir toujours fait mon service sur la mer, et J'ai commandir un vaisseau de guerre des Etats dans le combat naval.
ARLEQUIN
Comment diable, monsieur! Hé! que venez-vous faire ici? Apparemment que vous avez un bon passeport?
LE HOLLANDOIS
Moi venir expressément de mon pays, de la part des Etats, pour demandir à la cour qu'on me rende mon vaisseau, que sti tiapîe de François avoir fait griller comme du poudin.
Ohî vous avez raison; voilà de méchants diables que ces François! Il falloit crier au feu; quelqu'un seroit venu à votre secours.
LE HOLLANDOIS
N'être pas là tout, monsir ; moi avoir encore perdu mon jambe, qui sti enragés m'ont emportée dans la bataille.
ARLEQUIN
Si vous avez perdu votre jambe, ce n'est pas ma faute; je vous assure, monsieur, que je ne lai point trouvée.
LE HOLLANDOIS
Moi redemandir mon membre à la cour.
ARLEQUIN
Ma foi , monsieur, si vous voulez que je vous parle sincèrement, je ne crois pas qu'on vous rende votre jambe.
LE HOLLANDOIS
Hé! pourquoi, monsir?
ARLEQUIN
Bon! s'il falloit, à la cour, que l'on rendit à vos confrères les Hollandois tous les membres que les François leur ont emportés cette année, il n'y auroit plus ni bras ni jambes en France.
LE HOLLANDOIS
Mais , monsir, comment faire pour servir? moi, n'avoir plus ni jambe, ni vaisseau.
Je vous conseille, monsieur, d'aller servir aux invalide». A ce que je vois, monsieur le Hollandois, vous avez été un peu démâté, hé, hé, hé.
LE HOLLANDOIS
Moi ne rire point, monsir; moi l'être un gentilhomme. Das, dick, der, dondre, vernetre.
ARLEQUIN
Das, dick... Mon petit ami, vous sentez votre vieux
rossé. Je vous renverrai à Fleurus. (Ils se battent; le Hollandois tombe, et fait plusieurs lazzis avec sa jambe de bois. ) ( Scènes italiennes. )