CI NT H
J'avoue ma faute; mais, monsieur le commissaire, il faut pardonner à lamour.
(Il donne de l'arfient au comnaissaire. ) A R L K O C l N pn nd l'ar{»ent.
Non, non; je prétends faire ma charge avec honneur... je me servirai de cet argent-là pour vous faire une pompe funèbre.
CINTHIO
Mais, monsieur le commissaire, un peu de quartier; je suis prêt à l'épouser.
PIERROT
Il a raison; il vaut encore mieux être marié que pendu.
ISABELLE
Moi, traître ! t'épouser , après toutes tes infidélités!.. Je renonce à ta tendresse; je ne veux point d'un cœur aussi corrompu que le tien.
CINTHIO, se mettant à ses genoux.
Hé! de grâce, mademoiselle, que l'amour vous fasse oublier un crime que l'amour même a fait commettre.
ARLEQUIN et PIERROT, aussi aux genoux d'Isabelle.
Écoutez, mademoiselle; quand il sera sec, vous n'en serez pas plus grasse; vous Têtes assez. 5. '9
PIERROT
Pourvu qu'il paie grassement mes écritures, je vous conseille de lui pardonner ; il est assez puni d'avoir une femme.
ISABELLE
Ingrat! je devrois vous haïr, et je sens que je ne le puis.
Ah ! vous voilà donc bons amis. Présentement que Taffaire est toisée, il est bon de vous dire que le commissaire et le clerc sont deux fripons qui ont pris cet habit-là pour vous faire marier ensemble.
PIERROT
Cela est vrai. Ma foi ! voilà une procédure qui m'a donné bien de la peine !
ARLEQUIN
Monsieur, en faveur de cette noce-là, il faut se divertir. Allons, qu'on fasse venir les violons, et qu'on appelle toute l'auberge.
DIVERTISSExMENT.
(Tous les comédiens sortent chacun avec une guitare, et parodient la Chaconne de Cadmus.
LE CHOEUR
Suivons , suivons l'amour ; laissons-nous enflammer. Ah; ah! ah! qu'il est doux d'aimer!
MEZZETIN chante.
Pour l'hymen qu'on destine, Tous, d'un même ton,
ACTi: III, SCÈNE VI. 291
Cliiintons une ( luinson.
MorMoii! vive Claiulincl
Car, dans sa saisuii, On vciia la ooqninc Donner un (ils de sa façon.
LF CHOEUR.
Suivons, suivons l'amour; laissons-nous enflammer. Ah ! ah ! ah ! qu'il est doux d'aimer ! Une fille a beau feindre, L'hymen est charmant ; Elle a beau se contraindre, Il lui faut un amant; Et rien n'est tant à craindre Que l'âge de quinze ans.
LE CHOEUR
Suivons, suivons l'amour; laissons-nous enflammer. Ah ! ah ! ah ! qu'il est doux daimer !
TRIO Chanté par Arlequin , Mezzetin, et Pasquariel.
Un amant aux abois, Las d'un choix, Veut quitter prise ; Mais l'on n'est pas de bois.
Et l'on fait quelquefois Une sottise.
LE CHOEUR
Suivons, suivons l'amour; laissons-nous enflammer. Ah ! ah ! ah î qu'il est doux d'aimer !
ou L'ACADÉMIE DES DAMES,
COMÉDIE EN TROIS ACTES
AVERTI SSEIMENT
su il
C.ETTE comédie a c'te i'e])rL'scntee, pour la première fois, le I 7 janvier i dj i .
Les auteurs des Anecdotes dramatiques ont ajouté , à Tarticle de cette pièce , la note suivante : « On desireroit que les éditeurs des OEu- *< vres de ce poète comique (Regnard) y eussent « inséré quelques scènes des pièces que cet auteur « a données au théâtre italien, au lieu de tous ces « ouvrages médiocres dont ils ont rempli le qua- « trième volume de leur édition. »
C'est avec raison que ces auteurs souhaitent de voir réunies aux autres Œuvres de notre poète les meilleures scènes de son théâtre italien; et la comédie de la Coquette étoit plus propre qu'une autre à faire naître cette idée.
Cette pièce est, en effet, Tune des plus plaisantes et des mieux intrig;uées de ce recueil. Le caractère de la Coquette est un des meilleurs que Regnard ait mis au théâtre : on la voit recevoir, avec un égal empressement, les hommages dq
296 AVERTISSEMENT, etc.
tout le monde , et ne pas même dëdaig;ner ceux de son valet Pierrot. Quant au bailli du Maine, Arlequin, c'est une caricature digne du théâtre italien. On y trouve beaucoup de traits de ressemblance avec le Pourceaugnac de Molière ; et le bailli marquis est aussi ridicule et d'une charge aussi grotesque que le gentilhomme limousin déguisé en femme de qualité.
Cette pièce n'a point été reprise.
ou L'ACADÉMIE DES DAMES.
^ > valets du comte.
ACTEURS
TRAFIQUET.
COLOMBINE, fille) , ^
TCATÎT7TT17 • > dc Trafiquet. ISABELLE, niece )
LE COMTE , amant de Colombine. Octale,
ARLEQUIN , bailli du Maine.
PIERROT, ) , . , r^ n
MARINETTE, } domestiques de Trafiquet.
MEZZETIN
PASQUARIËL, (
BAGATELLE , laquais de Colombine.
M. NIGAUDIN, conseiller au présidial de Beauvais. Mezzetin.
UN CAPITAINE. Arlequin.