‹ uvres complètes de Regnard (volume 5)Chapitre 183 sur 200 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

COLOMBINE, M^^ PINDARET.

Mme PINDARET.

Ha ! ma chère belle, que je suis heureuse de vous rencontrer! car vous êtes la fille de France la plus introuvable.

COLOMBINE

On ne m'a point dit, madame, que vous m'ayez

fait cet honneur-là. Il est vrai que j'ai le domestique du monde le plus brutal : qu'une femme de qualité me vienne voir, on ne m'en dit rien; qu'une procureuse frappe à ma porte, on vient m'en faire la honte en pleine compagnie. ^

j^iroe PINDARET.

En vérité, mademoiselle, il faut que votre train soit travaillé d'un prodigieux dévoiement de mémoire; oui, je crois que je suis venue ici plus de dix fois depuis les calendes du mois dernier.

COLOMBINE

Comment dites-vous cela, s'il vous plaît? Les cal...

M™e PINDARET.

Les calendes, mademoiselle; c'est la manière de compter des Romains, et la mienne. Si ma servante datoit sa dépense autrement, elle ne CQucheroit pas chez moi deux jours de suite, Je veux de l'érudition jusque dans ma cuisine.

Que vous êtes heureuse, madame, de savoir de belles choses! Si j'avois l'avantage de vous voir souvent, je crois que je deviendrois une habile fdle.

lyime PINDARET.

Il faut dire la vérité ; on se décrasse assez en ma compagnie, et tout le monde avoue que je n'ai point la conversation roturière.

COLOMBINE

Ah! que cela est joliment dit! la conversation roturière! comment pouvez-YOUs fournir à la dépense

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