ACTE H, SCÈNE XV. Ymj
ARLEQUIN
Ali ! li^ déjà je sens... (Il se touche la tête.)
PREMIÈRE BOHÉMIENNE
Animal défiant, Vous croyez donc...
ARLEQUIN
Ma foi ! je crois à l'ascendant.
Ce grand front, cet aspect... Dans cette conjoncture. Je crains bien de payer un jour avec usure Tous les frais de la guerre. Allons, tant que quelqu'un Plus courageux que moi, prendra femme en commun, Je prétends me servir des droits du voisinage, Et laisser qui voudra goûter du mariage. En ces occasions, on court plus de danger A bâtir sur son fonds que sur un étranger. Je ne tâterai point de la cérémonie.
PREMIÈRE BOHÉMIENNE
Vous n'en tâterez point? Alte là , je vous prie.
DEUXIÈME BOHÉMIENNE
Point de femme , morbleu !
PREMIÈRE BOHÉMIENNE
Si vous n'en prenez pas^ Vous n'avez pas encor trois jours à vivre.
ARLEQUIN
Hélas!
DEUXIÈME BOHÉMIENNE
Et si VOUS en prenez, moi, je vous signifie Que demain au plus tard vous n'êtes pas en vie.
(Elles le prennent chacune par une manche de son habit. )
36o LA COQUETTE.
ARLEQUIN
Cen est fait, je suis mort ! je n'en puis revenir. Prédiseuses du diable, ah! laissez-moi partir.
PREMIÈRE BOHÉMIENNE
Avant que vous quitter, il faut que je vous voie A côté d'une femme.
ARLEQUIN
Ah! plutôt qu'on me noie !
DEUXIÈME BOHÉMIENNE
Pour vous laisser, je veux vous mettre hors d'état De pouvoir à jamais sortir du célibat.
ARLEQUIN
N'en faites rien; je suis le dernier de ma race.
PREMIÈRE BOHÉMIENNE
Que de bruit !
DEUXIÈME BOHÉMIENNE
Qu'on me suive.
ARLEQUIN
Eh! mesdames, de grâce!
Un accord : je serai six mois de l'an garçon, Et six mois marié.
PREMIÈRE BOHÉMIENNE
Marchez.
DEUXIÈME BOHÉMIENNE
Que de façon !
(Elles le tiraillent de façon qu'elles emportent chacune une manche de son habit. Il crie au voleur. D'autres Bohémiens l'entourent, dansent autour de lui, et le volent. )
FIN DU SECOND ACTE