‹ uvres complètes de Regnard (volume 5)Chapitre 22 sur 200 · TROT EN VILLE · texte numérisé non relu

TROT EN VILLE

C'est ma poche. Tel que vous le voyez, il n'y a point d'homme au monde qui gourmande une chanterelle comme lui; il feroit danser, s'il l'avoit entrepris , tous les invalides et leur hôtel. Vous allez voir.

( L'homme prend la poche dans la queue du cheval, et en joue; Colombine et Trotenville dansent. ) Eh bien , madame ! que dites-vous de ma danse?

ISABELLE

J'en suis charmée.

TBOTENVILLE.

Ne voulez-vous point que j aie Thonneur de danser avec vous?

ISABELLE

Pour aujourd'hui, monsieur, il n'y a pas moyen; je suis d'une fatigue, cela ne se conçoit pas. Mais avant que de me quitter, je vous prie de me dire combien vous prenez par mois.

TROTENVILLE.

Par mois, madame! c'est bon pour les maîtres à danser fantassins. On me donne une marque chaque visite; et je veux vous montrer quel a été le travail de cette semaine. Hé ! qu'on m'apporte ma valise. Vous allez voir. Allez donc. (On détacHfe une valise, que l'on apporte pleine de marques faites de cartes. ) COLOMBINE.

Ah , mon dieu ! vous avez été plus de vingt ans à faire toutes ces leçons-là.

TROTENVILLE.

Bon, bon! c'est le travail d'une semaine; et sr, ce que je vous montre-là , c'est de l'argent comptant. Je n'ai qu'à aller chez le premier banquier, je suis sûr de toucher un demi-louis d'or de chaque billet.

Un demi-louis d'or pour une leçon ! On ne donnoit autrefois aux meilleurs maîtres qu'un écu par mois.

TROTENVILLE.

Il est vrai; mais dans ce temps-là les maîtres à

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