‹ uvres complètes de Regnard (volume 5)Chapitre 4 sur 200 · AVERTISSEMENT SUR LE DIVORCE · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT SUR LE DIVORCE

CjETTE comëdie a ëte représentée, pour la première fois, sur le théâtre Je Thôtel de Bourgogne, le 17 mars 1688.

Une note de Ghérardi, imprimée à la suite de cette pièce, volume II de son recueil, édition de 171 7, nous apprend qu'elle n'eut aucun succès dans l'origine, mais qu'elle fut reprise le i^*^ octobre 1689, et qu'alors elle plui univeisellement. C'est à son talent que Ghérardi attribue uniquement cette réussite.

Voici cette note telle qu'il la rapporte : « Cette <c comédie n'avoit point réussi entre les mains de « feu M. Dominique ; on l'avoit rayée du cata- " logue des pièces qu'on reprenoit de temps en « temps, et les rôles en avoient été brûlés. Gepen- « dant, moi (qui de ma vie n'avois monté sur le «théâtre, et qui sortois du collège de la Marche, " où je venois d'achever mon cours de philosoc« phie sous le docte M. Balle), je l'ai choisie pour

u mon coup d'essai, qui arriva le i" octobre 1689, « lorsque je parus pour la première fois , d'ordre «du roi et de Monseigneur j et elle eut tant de « bonheur entre mes mains , qu'elle plut ge'néra- «lement à tout le monde, fut extraordinaire- « ment suivie, et par conséquent valut beaucoup «d'argent aux come'diens.

« Si j'ëtois homme à tirer vanité des talents que H la nature m'a donnés pour le théâtre, soiî à vi- « sage découvert (i) ou à visage masqué, dans les «principaux rôles sérieux et comiques, où l'on u m'a vu briller avec applaudissement aux yeux « de la plus polie et la plus connoisseuse na-^ a tion de la terre, j'aurois ici un fort beau champ «à satisfaire mon amour- propre ; je dirois que «j'ai plus fait en commençant et dans mes plus «tendres années, que les plus illustres acteurs *i n'ont su faire après vingt années d'exercice et « dans la force de leur âge. Mais je proteste que , «bien loin de m'être jamais enorgueilli de ces

(i) Ghérardi étoit d'une figure très agréable; il a été le pre^ mier Arlequin qui ait hasardé de quitter son masque dans certains rôles, et de jouer à visage découvert. Il jouoit ainsi le rôle d'Arlequin précepteur d'amour dans ta Fille savante.

« rares avantages , je les ai toujours regardés « comme des effets de mon bonheur, et non pas « comme des conséquences de mon mérite, et si « quelque chose a su flatter mon ame dans ces ««rencontres, ce n'a été que le plaisir de me voir «universellement applaudi après TinimitaLle * M. Dominique, qui a porté si loin Texcellence u du naïf du caractère d'Arlequin, que les Italiens « appellent Goffagine, que quiconque Ta vu jouer, « trouvera toujours quelque chose à redire aux u plus habiles et aux plus fameux Arlequins de « son temps. »

Il nous semble que les éloges que se donne Ghérardi, avec aussi peu de ménagement, doivent rendre suspecte l'anecdote qu'il nous présente, et que les talents de l'auteur ont autant contribué au succès de cette comédie que ceux de l'acteur.

La comédie du Divorce est le coup d'essai de Regnard dans la carrière dramatique; il n'avoit guère plus de trente ans lorsqu'il l'a donnée au théâtre, et nous croyons quelle n'est pas indigne de la réputation de son auteur, et que l'on y découvre le germe des talents qui depuis ont honoré la scène francoise.

Cette pièce n'est, ainsi que toutes celles que Ton jouoit alors sur le théâtre italien, qu'une vraie farce, dont tout le mérite consiste dans la vivacité, la gaieté du dialogue, et dans le ton de vrai comique répandu dans les scènes qui la composent.

Il n'étoit pas possible que le plus gai de nos poètes ne réussît dans un genre auquel il étoit si parfaitement propre : aussi n'est-il rien de plus plaisant que les différents personnages qu'il introduit sur la scène.

L'élégante frivolité de nos maîtres à danser est très agréablement rendue dans la scène de Trotenville ; sa dispute ridicule avec le maître à chanter est du meilleur comique.

Le chevalier de Fondsec est aussi très plaisant; et quoique l'auteur ait quelquefois sacrifié au goût de son siècle pour la charge un peu outrée, nous trouvons dans cette scène des morceaux d'un comique excellent et vraiment neuf: telle est, par exemple, la lecture des tablettes, où le chevalier dïndustrie tient registre , heure par heure , de l'emploi de son temps et de ses visites de femmes.

Quant aux principaux caractères , la coquette

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est peinte avec beaucoup de vérité. Son mari ne joue pas un personna[;c bien important; mais il y a une sorte d art d'avoir négligé ce caractère, trop méprisable pour être intéressant, et que l'auteur n'auroit pu rendre plaisant qu'en outrageant trop ouvertement la décence.

Cette pièce n'a point été reprise depuis le rétablissement de la troupe italienne en 1716; nous croyons même qu'on la supporteroit difficilement au théâtre : les agréments des scènes épisodiques ne feroient pas pardonner le vice du sujet.

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