‹ uvres complètes de Regnard (volume 5)Chapitre 3 sur 200 · ÉPIGRAMME DE GACON · texte numérisé non relu

ÉPIGRAMME DE GACON

Pour le portrait de Mezzetin

La Fontaine a fait un sixain , Où l'on voit cet acteur traité d'incomparable. Si La Fontaine a cru la chose véritable.

Je n'oserois le garantir; Mais je sais bien qu'étant fort porté pour la fable ,

Il n'enrage pas pour mentir.

Nous n'entrerons pas dans le détail des aventures de Mezzetin , après la suppression de la troupe italienne : elles sont bizarres et romanescpies , mais trop étrangères à son talent tliéâtral , qui est seul de notre objet. Nous nous contenterons de dire qu'il est revenu à Paris en 1727; qu'il a paru sous son habit de Mezzetin, dans la pièce de Regnard, intitulée, la Foire Saint- Germain ; mais que n'ayant pas eu le succès qu'il espéroit, il est

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retourné h Vérone, sa patrie, et y est mort dans la même annc'e.

Cette dernière anecdote ne diroit rien contre le talent de cet acteur. Mezzetin avoit alors plus de soixantedix ans, et en avoit passé près de vingt dans les prisons du château de Konigstein, en Pologne.

ScARAMOL'CHE. Tibcrio Fiurilli, né à Naples en 1608, a rendu fameux ce rôle, dont on le croit l'inventeur.

Scaramouche étoit un des plus anciens acteurs de la troupe italienne. Il fit d'abord de fréquents voyages en Italie. Ce fut en 1670 qu'il se fixa à Paris, et il joua jusqu'en 1691. Il se retira alors : il étoit âgé de 83 ans; et, malgré son grand âge, sa retraite fut une perte pour le théâtre. Il est mort à Paris en 1696.

Peu d'acteurs se sont acquis autant de réputation que Scaramouche. Il passoit pour le plus grand pantomime de son temps. Nous ne croyons pas que cette réputation ait été usurpée, et nous ne pensons pas comme un de nos auteurs modernes, qui le relègue dans la classe des voltigeurs et des saltimbanques, en disant que son plus grand mérite consistoit à donner un soufflet avec le pied. Il est vrai que Scaramouche étoit d'une agilité étonnante, et qu'à l'âge de quatre-vingts ans, il avoit toute la souplesse d'un jeune homme. Mais ce fait, que rapportent les auteurs contemporains , ne tend qu'à nous transmettre une chose extraordinaire, et nullement à nous donner une idée de ses talents.

Nous allons rapporter ce que dit un de ses camarades, qui , ayant lui-même de grandes prétentions à la réputation d'acteur distingué, n'a pas dû donner à Scaramouche plus d'éloges qu'il n'en méritoit.

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A l'acte II, scène 7 de la come'die de Colombine avocat pour et contre^ Ghérardi ajoute la note suivante : a Scaramouche , après avoir raccommodé tout ce qu'il y «a dans la chambre, prend sa guitare, s'assied sur un «fauteuil, et joue en attendant que son maître arrive* «Pasquariel vient doucement derrière lui, et par-des- «sus ses épaules, bat la mesure; ce qui épouvante terri- «blement Scaramouche; en un mot, c'est ici où cet in- K comparable Scaramouche, qui a été l'ornement du « théâtre et le modèle des plus illustres comédiens de «son temps, qui avoient appris de lui cet art si difficile û et si nécessaire aux personnes de leur caractère, de re- « muer les passions , et de les savoir bien peindre sur le «visage; c'est, dis-je, où il faisoit pâmer de rire pen- « dant un gros quart d'heure , dans une scène d'épou- «vante, où il ne proféroit pas un seul mot. 11 faut con- « venir aussi que cet excellent acteur possédoit à un si «haut degré de perfection ce merveilleux talent, qu'il « touchoit plus de cœurs par les seules simplicités d'une «pure nature, que n'en touchent d'ordinaire les ora- « teurs les plus habiles par les charmes de la rhétorique u la plus persuasive. Ce qui fit dire un jour à un grand «prince qui le voyoit jouer à Rome: Scaramouche ne u parle point , et il dit les plus belles choses du monde.... « Il a toujours été les délices de tous les princes qui l'ont «connu, et notre invincible monarque ne s'est jamais «lassé de lui faire quelques grâces; j'ose même persua- «der que s'il n'étoit pas mort, la troupe seroit encore «sur pied, etc.» (Théâtre italien de Ghérardi, édition de 1700, tome I, page 294.)

Pierrot. Ce rôle est encore d'invention moderne.

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Ju Vieur ii qiii nous le devons se nomrnoit Joscpli Oi^ raton (que l'on prononroit Oëraton) : il étoit ne à Ferrare, et il avoit d'abord joue sur le théâtre italien en qualité de gagiste.

Ce fut en iGj3 qu'il parut pour la première fois, sous le nom et l'habit de Pierrot, dans la pièce de la Suite du Festin de Pierre : il y fit plaisir; cependant il ne fut reçu au nombre des acteurs qu'en i684j et conserva l'habit et le rôle qu'il avoit inventés jusqu'à la suppression en

On croit que le changement que fit Dominique dans le caractère de l'Arlequin donna lieu à l'introduction de ce nouveau personnage. Jusqu'alors l'Arlequin avoit été un valet sot et balourd ; Dominique en fit un intrigant fin et rusé; Gératon nous a rendu ce caractère de l'ancien Arlequin, et l'a remplacé au théâtre sous le nouvel habit de Pierrot.

Quoi qu'il en soit, Gératon remplit ce rôle d'original, et d'une manière inimitable : il parloit toujours françois, et son succès fut complet, lorsque les pièces françoises furent introduites sur son théâtre; jusque-là il n'avoit plu que médiocrement.

Depuis la suppression, ce caractère s'est reproduit sur les théâtres des foires. Quelques acteurs ont imité la naïveté de l'ancien Pierrot, avec assez de succès pour fixer l'attention du pvd^lic plus particulièrement que leurs camarades. Ce rôle est devenu le plus important de nos anciens opéra-comiques , et on lui doit les premiers progrès de ce genre de spectacle.

Quant à Gératon , il a abandonné le théâtre après la suppression de sa troupe : il a épousé une femme riche

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et sur le retour, avec laquelle il s'est retiré dans une terre à quelques lieues de Paris; il y est mort, mais on ignore en quelle année.

Pasquariel. Nous dirons peu de chose sur l'acteur qui a joué ce rôle : il se nommoit Joseph Tortoriti , et il étoit de Messine. Sa souplesse et son agilité faisoient la plus grande partie de son mérite: aussi ne fit-il quelque plaisir que dans ses débuts : ses tours de force étonnèrent, mais ils ne firent pas prendre le change sur les talents qui lui manquoient.

Tortoriti a del)uté en i685 : il ne remplissoit, dans les pièces françoises, que de petits rôles. En 1694, il prit l'habit de Scaramouche : il ne fut supporté dans ce dernier rôle qu'à cause de la faveur qu'avoient prise les pièces françoises, dans lesquelles le rôle de Scaramouche étoit peu important.

Après la suppression , Pasquariel courut les provinces avec une troupe de comédiens; mais il ne réussit point, et mourut dans la misère.

LÉANDRE. C'est le nom de théâtre de Charles-Vigile Romagnési de Belmont, l'un des fils de Cinthio. Cet acteur débuta en 1694; il jouoit les amoureux, et doubloit Octave.

On ne peut rien dire des talents de cet acteur; ses débuts n'ont précédé que d'environ deux ans la suppression de la troupe. On sait seulement qu il étoit d'une très jolie figure.

Isabelle. Françoise-Marie-Apolline Biancolelli , fille du fameux Dominique, a débuté sous ce nom en i683 : elle remplissoit seule les rôles d'amoureuse, et s'en est acquittée jusqu'à sa retraite.

NOTICKS, de. i;

Vaï iC)»)! , M. de Tiirgifi, officier aux ^^ardes, devint amoureux d'Isabelle, vt l'épousa le 2 avril; cependant cette actrice ne quitta le théâtre qu'en 1G95.

Isabelle étoit d'une figure très agréable : elle étoit très bien faite et d'une physionomie douce et prévenante. Quoiqu'elle ait été chargée seule d'un emploi important, il ne paroît pas néanmoins que l'on ait beaucoup prisé son talent théâtral.

Après la retraite d'Isabelle , on croit que ses rôles furent remplis par Angélique Toscano , dont nous parlerons plus bas.

CoLOMBiNE. L'inimitable actrice qui a joué ce rôle étoit sœur cadette d'Isabelle, et a débuté avec elle en i683 , elle se nommoit Catherine Biancolelli.

Le rôle de soubrette a été porté par cette actrice au plus haut point de perfection : elle a joué jusqu'à la suppression de la troupe.

Depuis, Golombine n'a plus voulu monter sur aucun théâtre : elle avoit épousé Le Noir, dit La Thorillière, excellent acteur du théâtre françois.

Marinette. Angélique Toscano , femme de Pasquariel, a doublé sous ce nom Golombine, jusqu'en 1696 ; à cette époque, elle prit le nom d'Angélique, joua les rôles d'amoureuse , et remplaça Isabelle.

Marinette étoit une actrice médiocre dans l'un et l'autre emploi. Après la suppression, elle a suivi le sort de Pasquariel , son mari ; et l'on croit que sa fin n'a pas été plus heureuse.

La Chanteuse. Elisabeth Daneret a débuté le même jour que Léandre, dans la pièce intitulée, le Départ 5. * a

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des Comédiens, à titre de chanteuse dans les divertissements. Après la suppression de la troupe , elle entra k Topera. On ignore l'année de sa mort.

COMÉDIE EN TROIS ACTES

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