ARLEQUIN, UN AUTEUR
ARLEQUIN, apercevant l'auteur qui gesticule bçauçoup sans
rien dire.
Voilà un sac à charbon de Tenfier qui va à la promenade. Monsieur ou madame , car je ne sais si vous ctes mâle ou femelle, je ne vous vois que par der^ rière..,..
l'auteur.
Vade rétro j, profane. Qui t'a fait si téméraire que de m'interrompre ?
ARLEQUIN
Je vous demande pardon.
l'auteur.
Une personne de mon savoir.....
ARLEQUIN
Je n'y tâchois pas.
l'auteur.
Qui fait . es madrigaux de Proserpine»
arlequin Je ne le ferai plus.
l'auteur.
Et qui est le premier consignant pour entrer icibas à l'académie.
arlequin.
A l'académie? quoi! il y en a une ici? C'est donc une académie de malins esprits?
SCKNE VII. iHj
l'a UT EU II.
Je me promcnois sur les bords du Cocytc, pour travailler plus eu repos à ma harangue, et tu viens te jeter an travers de mes conceptions.
ARLF.QUIN.
Comment donc, est-ce que vous faites vos harangues vous-même?
l'auteur.
Je sais bien que la plupart des académiciens, làhaut, ne se donnent pas cette peine , et que, pourvu qu'ils la sachent lire^ on les reçoit tout d'une voix; mais ce n'est pas de même ici; et il ne suffit pas de savoir faire l'anatomie d'un mot, pour être l'interprète des mystères de notre diabolique académie.
ARLEQUIN
Apparemment que vous en étiez là-haut?
l'auteur.
Que j'en étois là-haut ! que j'en étois ! Est-ce qu'on me recevroit ici, si j'en avois été? Ce n'est pas que je n'aie cent fois plus de mérite qu'il n'en faut pour en être. J'ai été le plus bel esprit de mon temps, et j'ai fait en ma vie plus de cent comédies.
ARLEQUIN
Plus de cent comédies!
l'auteur.
Oui, cent; peut-être cent cinquante, si vous me fâchez. Il n'y eut jamais un meilleur naturel que le mien; je rendois une comédie aussi facilement qu'un putre rend un lavement. C'est moi qui ai enrichi les
J20 LA DESCENTE D'ARLEQUIN, etc.
comédiens François; et il n'y avoit point d'hiver que je ne leur donnasse sept ou huit pièces , tant sérieuses que comiques.
ARLEQUIN
Et les jouoit-on long-temps?
l'auteub.
Jamais qu'une fois; mais aussi tout Paris venoitse crever à la première représentation ; car personne ne vouloit attendre la seconde, de peur de ne la point voir,
ARLEQUIN
J'aurois cru que c'eût été là le naoyen d'envoyer les comédiens à l'hôpital.
l'auteur.
C'est ce qui vous trompe. Une comédie nouvelle, pour être bonne, ne dQÏt se jouer qu'une fois: quand elle va jusquà deux, ma foi , on s'ennuie. J'ai mis le siècle dans ce goût-là; et, si vous y prenez garde, depuis moi , tous les auteurs donnent là-dedans. Ils ont raison, au bout du compte ; car, comme les bonnes choses aujourd'hui n'ont point de cours, pour peu qu'une méchante pièce puisse être représentée une fois , voilà le& comédiens riches.
arlequin.
Les vôtres étoient donc sur ce pied-là? L auteur.
Vous pouvez croire que je me suis mis à la mode tout des premiers. De plus, je n'ai jamais voulu ôter au public l'usage récréatif des sifflets. Tout au con-