‹ uvres complètes de Regnard (volume 5)Chapitre 78 sur 200 · ACTE I, SCÈNE V. iS · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V. iS

pas, veut que je nie marie. Vous n'êtes point propre aumariajje; ce n'est point un jeu d'enfant. COLOMBINE.

Et moi, je vous dis que j'y suis aussi propre que vous. Je supporterai fort bien toutes les fatigues du ménage; et quoique je sois jeune, si j'étois mariée présentement , je suis sûre que je n'en mourroiâ pas.

ISABELLE

En vérité, il faut que j'aie bien de la bonté, de souffrir tous les travers de votre esprit. Tout ce que je puis faire encore pour vous, c'est de vous conseiller de bannir de votre cerveau toutes vos idées matrimoniales, et de croirequ'iln'y a personne assez dépourvu de bon sens pour vouloir se charger de votre peau.

COLOMBINE

Hé! là, là, cette charge-là n'est pas si pesante et ne fait pas peur à tout le monde : il n'y a pas encore huit jours que je trouvai dans une boutique, au Palais, un monsieur de condition , qui me dit que j'étois bien à son gré, et qu'il seroit bien aise de m'épouser.

Et que lui répondîtes-vous?

COLOMBINE

Je lui dis que j'étois encore bien petite pour cela ; mais que l'année qui vient, j'espérois d'être plus grande.

ISABELLE

Vous serez plus grande et plus folle. Vous ne voyez

i58 L'HOMME A BONNES FORTUNES.

donc pas qu'il se moquoit de vous, et que vous vous donnez un ridicule dans le monde? Allez, vous devriez mourir' de honte.

COLOMBINE, en pleurant.

Ne voilà- t-il pas? vous me grondez toujours. Vous voulez bien vous marier, vous, et vous ne voulez pas que je me marie. Est-ce que je ne suis pas fille comme vous?

ISABELLE

Une petite fdle qui na pas quinze ans, donner à corps perdu au travers du mariage !

COLOMBINE

Mon dieu! je vous dis, encore une fois, que jai plus d âge qu'il ne faut ; mais puisque vous me trouvez trop jeune, faisons une chose; vous avez quatre années plus que moi, donnez-m'en deux; cela ne gâ-« tera rien ni pour l'une , ni pour l'autre.

ISABELLE

Allez, allez; vous ne savez ce qile vous dites. Vous me croyez bien embarrassée de trois ou quatre années que j'ai plus que vous; mais je veux bien qu0 vous sachiez que pour dix ans de moins je ne voudrois pas être faite comme vous, ni de corps, ni d'es^ prit.

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