‹ uvres complètes de Regnard (volume 5)Chapitre 79 sur 200 · ISABELLE, COLOMBINE, PIERROT · texte numérisé non relu

ISABELLE, COLOMBINE, PIERROT

PIERROT

Qu'est-ce donc , mesdemoiselles ? voilà bien du bruit : il me semble que vous vous flattez comme chiens et cbats. Est-ce que vous ne sauriez vous égra« ligner plus doucement?

COLOMBINE

Pierrot, c'est ma sœur qui se fâche : elle veut qu'il n'y ait de mari que pour elle.

PIERROT

Oh ! la goulue !

ISABELLE

Viens çà, Pierrot; toi qui es un homme d'esprit, et qui saisie monde, n'est-il pas du dernier bourgeois de marier plus d'une fille dans une maison? et ne de- VTois-je pas déjà l'être?

PIERROT

Cela est vrai, et je dis tous les jours à votre père ^e, s'il ne vous marie au plus tôt, vous lui ferez quelque stratagème.

COLOMBINE

Mon pauvre Pierrot, toi qui es si joli, est-ce qu'il Faut que je demeure toute ma vie fille?

Bon! est-ce que cela se peut? (à Isabelle. ) Voyez* rous, mademoiselle, U faut marier les filles quand

i6o L'HOMME A BONNES FORTUNES, elles sont jeunes. Ce gibier-là ne se garde pas : là mouche s'y met.

ISABELLE

Mais aussi, est-il juste que je cède mes droits à ma cadette?

P 1ER ROT j à Ck)Iombine.

Il est vrai que vous n'êtes encore quun embryon, et j'en ai vu dans des bouteilles de bien plus grandes que vous.

COLOMBINE

Je conviens, Pierrot, que je suis encore petite , mais si tu savois ce que j'ai déjà.

ISABELLE

Petite fille, vous plaît-il de vous taire?

PIERROT

Hé! pardi, laissez-la dire, (à Colombine.) Eh bieri donc! qu'avez-vous?

COLOMBINE

J'ai... mais je n oserois le dire,

ISABELLE, à Colombine.

Vous avez raison, car vous allez dire une sottise^

PIERROT, à Isabelle.

Eh! palsangué, laissez -la donc parler : vous lui rembourrez les paroles dans le ventre.

COLOMBINE

Ne te moqueras-tu point de moi?

PIERROT

Eh! non, non : dites.

ACTi: I, SCÈNF Vî. iT),

COLOMBINK.

Jai de la GO»'Ge» l*'t»Tot, puisque tu le veux Fa-»

Voir.

PIERROT

oïl! voyons cela, voyons.

COLOMBINE

Oh , nenni , nenni ; je ne la montre pas encore : j'at^ tends qu'elle soit plus venue.

ISABELLE

Il n'y a plus moyen de tenir à vos impertinences : je vous laisse; et si je faisois bien, j'averiirois mon père de mettre ordre à votre conduite.

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