‹ uvres complètes de Regnard (volume 5)Chapitre 95 sur 200 · ISABELLE, M. BASSINET · texte numérisé non relu

ISABELLE, M. BASSINET

Isabelle, assise nonchalamment dans un fauteuil. Serviteur, monsieur, serviteur.

M. BASSINET, apercevant le cavalier.

Ah ! monsieur, je vous demande pardon. On mavoit dit que mademoiselle Isabelle étoit dans sa chambre. ( à part. ) Que diable cherche ici ce godelureau-là ?

ISABELLE

Monsieur, elle n'y est pas, et je l'attends. Mais vous, monsieur, que venez-vous faire ici? Mademoiselle Isabelle est-elle malade? car, à votre mine, je vous crois médecin ; et vous avez toute l'encolure d'un membre de la faculté.

M. BASSINET

Vous ne vous trompez pas, monsieur; je suis un nourrisson d'Hippocrate : mais je ne viens pas ici pour tâter le pouls à Isabelle ; j^ai bien d'autres préteutions sur...

ISABELLE

Oui ! et vie quelle nature, s'il vous plaît, sont les prétentions d'un médecin sur une fille?

M. BASSINET

Je viens ici pour l'épouser.

ISABELLE

Pour l'épouser l Isabelle ?

M. BASSINET

Isabelle.

ISABELLE

Ahiahîah!

M. BASSINET

Mais cela est donc bien drôle?

ISABELLE

Point du tout; mais c'est que... Ah ! ali ! ah!., je ri.^ comme cela quelquefois. Ah! ah! ah.

M. BASSINET

Comment donc? est-ce que je suis barbouillé?

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Bon! ne voyez-voiis pas Lien que je ris? AI»! ah! ahî Dites-moi un peu, monsieur, en vous déterminant à un saut si périlleux, vous êtes-vous bien làté? N'avez-vous point senti quelque petit mal de tête... vous m'entendez bien?

M. BASSINKT.

Non, monsieur; je me porte fort bien : je ne suis pas sujet à la migraine.

ISABELLE, lui mettant la main sur le front.

Ma foi ! vous porterez bien cela, et je suis plus aise que vous ayez cette fille-là qu'un autre.

M. BASSINET

Et moi aussi.

ISABELLE

Mais, quand elle sera votre femme, au moins n'allez pas nous la gâter par vos manières ridicules. Nous avons eu assez de peine à la mettre sur le pied oii elle est. Le joli tour d'esprit ! elle l'a comme le corps.

M. BASSINET

Comme le corps! Et savez-vous comme elle l'a tourné ?

ISABELLE

Bon ! qui le sait mieux que moi? Si vous voulez, je vais la dessiner qu'il n'y manquera pas un trait. Une gorge, morbleu! plantée là... Bon! c'est un marbre.

M. BASSINET

Ouf! quel peintre!

îcj6 L'HOMME A BONNES FORTUNES.

ISABELLE

Je VOUS dis que vous ne sauriez faire une meilleure affaire.

M. BASSINET

Je vois bien qu elle ne seroit point mauvaise pour vous.

Elle a, par dessus cela, une adresse à conduire une affaire de cœur qui ne se comprend pas. C'est un petit démon pour les tours d'esprit. Si elle est votre femme, elle aura des intrigues avec toute la terre, que vous ne vous en apercevrez non plus que si elle étoit à Rome et vous au Japon. Diable! une femme comme cela est un trésor pour le repos du ménage.

M. BASSINET

Et avec tous ces beaux talents-là, d'où vient qu'elle n'est pas mariée? Voilà des qualités merveilleuses pour être femme.

ISABELLE

Ne savez -vous pas les allures du monde et la. malignité des rivaux? Les uns disent qu'elle a des vapeurs ; les autres lui font faire un voyage : il y en a d'assez enragés qui lui font garder le lit cinq ou six mois pour une détorse... et... que sais-je, moi? cent autres contes que Ton va souffler aux oreilles d'un fiancé , qui ne manquent pas de rompre un mariage comme un verre ; et si , de tout cela , bien souvent il n'y en a pas la moitié de vrai.

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