SCÈNE V
BROCANTIN, PIERROT.
PIERROT
Tout franc, monsieur, je crains que vous n'ayez attendu trop tard à marier vos filles.
BROCANTIN.
Comment donc? seroit-il arrivé quelque malheur dans ma famille?
PIERROT
Non, pas encore tout- à -fait; mais voyez-vous, monsieur, vous tournez trop à l'entour du pot. Diable! les filles sont de certains animaux équivoques...
BROCANTIN.
Qiie veux-tu donc dire avec tes animaux équivoques?
PIERROT
C'est-à-dire, monsieur... tant y a que je m'entends bien. C'est comme des armes à feu ; ça tire quelquefois sans qu'on y pense.
BROCANTIN.
Ne te mets point en peine, Pierrot; je suis sur le point d'en marier une, et je crois que je ferai affaire de rainée avec monsieur Bassinet.
PIERROT
Qui? ce médecin? Fi! votre fille n'est point le fait de ce vieux rhumatisme-là.
Il m'a promis qu'il quitteroit sa profession de médecin, si je voulois lui donner Isabelle, et qu'il se feroit troqueur.
PIERROT
Hé! pardi, je le crois bien. On lui en sait grand gré, ma foi! de quitter son séné pour une fille drue comme Isabelle ! Tuchoux ! Si vous voulez me la bailler, je vous quitte vous et vos chevaux, dès demain ; et si je crois que je vous panse avec autant d'honneur qu'un médecin fait ses malades. Voulez -vous que je vous dise mon sentiment? car, révérence parler, j'ai plus d'esprit que vous; vous ferez mieux, si je ne vous accommode pas, de la donner à quelque homme de condition, comme, par exemple, à un gentilhomme de robe.
RROCANTIN,
Te moques-tu, Pierrot? Notre vacation est la plus jolie du monde ; nous voyons tout ce qu'il y a de gens de qualité ; il n'y a point de prince qui fasse la dépense que nous faisons ; nous changeons de meubles tous les jours; on ne voit jamais chez nous la même chose, et notre cabinet est le rendez-vous de tous les fainéants de la ville.
PIERROT
Et quelquefois aussi des fainéantes; car, voyez-