ACTE II, SCÈNE IV
Moi, j aime à pourchasser des beautés mitoyennes. L'hiver, dans un fauteuil, avec des citoyennes, Les pieds sur les chenets étendus sans façons, Je pousse la ileurette, et conte mes liaisons. Là toute la maison s'offre à me faire fête; Valet, filles-de-chambre, enfants, tout est honnête: L'époux même discret, quand il entend minuit. Me laisse avec madame , et va coucher sans bruit. Voilà comme je vis, quand parfois dans la ville Je veux bien déroger...
NÉRINE
La manière est facile ; Et ce commerce-là me paroît assez doux.
LE MARQUIS, à la comtesse.
C'est ainsi que je veux en user avec vous. Je suis tout naturel , et j'aime la franchise: Ma bouche ne dit rien que mon cœur n'autorise : Et quand de mon amour je vous fais un aveu , Madame , il est trop vrai que je suis tout en feu.
LA COMTESSE
Fi donc , petit badin , un peu de retenue ;
Vous me parlez, marquis, une langue inconnue:
IjC mot d'amour me blesse, et me fait trouver mal.
LE MARQUIS
L'effet n'en seroit pas peut-être si fatal.
NÉRINE
Elle veut qu'en détours la chose s'enveloppe : lût ce mot dit à cru lui cause une syncope.
ijo LE JOUEUR.
ANGÉLIQUE
Dans la bouche d'un autre il deviendroit plus doux.
Comment? Qu'est-ce? Plaît-il? Parlez ; expliquez- vous. Parlez donc, parlez donc. Apprenez, je vous prie, Que mortel, quel* qu'il soit, ne me dit de ma vie Un mot douteux qui pût effleurer mon honneur.
LE MARQUIS
Croiroit-on qu'une veuve auroit tant de pudeur?
ANGÉLIQUE
Mais Valère vous aime : et souvent...
LE MARQUIS
Qu'est-ce à dire ^ Valère? Un autre ici conjointement soupire ! Ah ! si je le savois , je lui ferois , morbleu !... Où loge-t-il?
NÉRINE
LE MARQUIS fait semblant de s'en aller et revient.
Nous nous verrons dans peu.
LA COMTESSE
Mais quel droit avez-vous sur moi?
LE MARQUIS
Quel droit, ma reine?
Le droit de bienséance avec celui d'aubaine. Vous me convenez fort, et je vous conviens mieux.
(') Dans l'édition originale, on lit :
Que mortel , tel qu'il soit , ne me dit de ma vie
Ua mot douteux qui puisse effleurer mon honneur.