‹ uvres complètes de RegnardChapitre 105 sur 288 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

LE MARQUIS, LA COMTESSE, ANGÉLIQUE, îsÉRINE,

LE MARQUIS, se rajustant, à la comtesse. Je suis tout en désordre : un maudit embarras M'a fait quitter ma chaise à deux ou trois cents pas ; Et j'y serois encor dans des pein'es mortelles , Si l'Amour, pour vous voir, ne m'eût prêté ses ailes.

Que monsieur le marquis est galant sans fadeur !

LE MARQUIS

Oh ! point du tout, je suis votre humble serviteur. Mais, à vous parler net, sans que Fesprit fatigue, Près du sexe je sais me démêler d'intrigue.

( Apercevant Angélique. ) Ah ! juste ciel ! quel est cet admirable objet !

LA COMTESSE

C'est ma sœur.

LE MARQUIS

Votre sœur! vraiment, c'est fort bien fait. Je vous sais gré d'avoir une sœur aussi belle ; On la prendroit, parbleu, pour votre sœur jumelle.

LA COMTESSE

Comme à tout ce qu'il dit il donne un joli tour! Qu'il est sincère ! On voit qu'il est homme de cour.

i68 LE JOUEUR.

LE MARQUIS

Homme de cour, moi ! non. Ma foi, la cour m'ennuie j

L'esprit de ce pays n'est qu'en superficie ;

Sitôt que vous voulez un peu lapprofondir.

Vous rencontrez le tuf. J'y pourrois m'agrandir;

J'ai de l'esprit, du cœur, plus que seigneur de* France i

Je joue , et j'y ferois fort bonne contenance :

Mais je n'y vais jamais que par nécessité ,

Et pour y rendre au roi quelque civilité,

NÉRINE

Il vous est obligé, monsieur, de tant de peine.

LE MARQUIS

Je n'y suis pas plus tôt, soudain je perds haleine.

Ces fades compliments sur de grands mots montés,

Ces protestations qui sont futilités ,

Ces serrements de mains dont on vous estropie.

Ces grands embrassements dont un flatteur vous lie,

M'ôtent à tout moment la respiration :

On ne s'y dit bonjour que par convulsion.

ANGÉLIQUE, au marquis.

Les dames de la cour sont bien mieux votre affaire?

LE MARQUIS

Point. Il faut être au moins gros fermier pour leur plaire : Leur sotte vanité croit ne pouvoir trop haut A des faveurs de cour mettre un injuste taux**.

(*) Cette leçon est conforme à l'édition originale, et à celle de 1728. Pans les autres éditions, on lit : Plus que'seigneur en France.

(**) Taux ne peut pas rimer avec haut. Dans l'édition originale on a ccrit, tau; dans celle de 1728 , taut.

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