ACTE III, SCÈNE VI
Des femmes qui jamais n'ont pu fermer la bouche , Et qui sur le prochain vous tirent à cartouche ; Des oisifs de métier, et qui toujours sur eux Portent de tout Paris le lardon scandaleux; Des Lucréces du temps, là, de ces filles veuves, Qui veulent imposer et se donner pour neuves ; De vieux seigneurs toujours prêts à vous cajoler; Des plaisants qui font rire avant que de parler. Plus agréablement peut-on passer la vie?
HECTOR
P accord. Mais quand on perd , tout cela vous ennyie.
> VALÈRE
Le jeu rassemble tout; il unit à-la-fois
Le turbulent marquis , le paisible bourgeois.
La femme du banquier, dorée et triomphante,
Coupe orgueilleusement la duchesse indigente.
Là, sans distinction, on voit aller de pair
Le laquais d'un commis avec un duc et pair;
Et quoi qu'un sort jaloux nous ait fait d'injustices,
De sa naissance ainsi Ton venge les caprices.
HECTOR
A ce qu'on peut juger de ce discours charmant, Vous voilà donc en grâce avec l'argeftt comptant. Tant mieux. Pour se conduire en bonne politique, Il faudroit retirer le portrait d'Angélique.
VALÈRR.
Nous verrons.
HECTOR
Vous savez...
VA LE RE
Je dois jouer tantôt.
HECTOR
Tirez-en mille écus.
VALÈRE
Oh! non, c'est un dépôt...
Pour mettre quelque chose à l'abri des orages , S'il vous plaisoit du moins de me payer mes gages.
VALÈRE
Quoi! je te dois?
HECTOR
Depuis que je suis avec vous , Je n'ai pas , en cinq ans , encor reçu cinq sous. VALÈRE. •
Mon père te paiera ; l'article est au mémoire.
HKCTOR.
Votre père? Ah ! monsieur, c'est une mer à boire.
Son argent n'a point cours, quoiqu'il soit bien de poids.
VALÈRE
Va , j'examinerai ton compte une autre fois. J'entends venir quelqu'un.
HECTOR
Je vois votre sellière.
Elle a flairé l'argent.
VAL È R E , mettant promptement son argent dans sa poche. 11 faut nous en défaire.
HECTOR
Et monsieur Galonier, votre honnête tailleur.