ACTE V, SCÈNE VI. o.5i
ANGÉLIQUE
Mon portrait ! Es-tu folle ?
NÉRINE, pleurant.
Ah ! ma pauvre maîtresse , Faut-il vous voir ainsi durement mise en presse?
W^e LA RESSOURCE. •
Que veut dire ceci ?
ANGÉLIQUE, à Nérine.
Tu te trompes. Vois mieux.
NÉRINE
Regardez donc vous-même , et voyez par vos yeux.
ANGÉLIQUE
Tu ne te trompes point , Nérine ; c'est lui-même ; C'est mon portrait , hélas ! qu'en mon ardeur extrême Je viens de lui donner pour prix de ses amours , Et qu'il m'avoit juré de conserver toujours.
M""*" LA RESSOURCE
Votre portrait ! Il est à moi , sans vous déplaire ; Et j'ai prêté dessus mille écus à Valère.
ANGÉLIQUE
Juste ciel !
NÉRINE
Le fripon !
DORANTE, prenant le portrait.
, Je veux aussi le voir.
M^^ LA RESSOURCE
Ce portrait m'appartient, et je prétends l'avoir.
DORANTE, à madame la Ressource.
Laissez-moi le garder un moment, je vous prie :
a52 LE JOUEUR.
Cest la seule faveur qu'on in ait faite en ma vie.
ANGÉLIQUE
C'en est fait : pour jamais je le veux oublier.
>' É R I N E , à Angélique.
S'il met votre portrait ainsi chez l'usurier,
Etant encore amant, il vous vendra, madame,
A beaux deniers comptants, quand vous serez sa femme.
^lais le voici qui vient.
(;i madame la Ressource.) A trois ou quatre pas , De grâce, éloignez-vous, et ne vous montrez pas.
M""" LA RESSOURCE
Mais pourquoi?...
DORANTE
Du portrait ne soyez plus en peine.
M"*^ LA RESSOURCE, se retirant au fond de la scène.
Lorsque je le verrai, jeu serai plus certaine.