‹ uvres complètes de RegnardChapitre 171 sur 288 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Il s offre deux partis , vous les chassez tous deux : Le premier est trop riche , et le second trop gueux. Dans vos brusques humeurs je ne puis vous comprendre. Comment prétendez-vous que soit fait votre gendre?

Mme GROGNA C.

Je prétends qu'il soit fait comme on n'en trouve point; Qu'il soit posé, discret, accompli de tout point; Qu'il ait, avec du bien , une honnête naissance ; Qu'il ne fasse point voir ces traits de pétulance, Ces actions de fou, ces airs évaporés, Dignes productions des cerveaux mal timbrés ; Qu'il ait auprès du sexe un peu de politesse ; Qu'il mêle à ses discours certain air de sagesse; Qu'il ne soit point enfin , pour tout dire de lui , Comme les jeunes gens que je vois aujourd'hui.

VALÈRE

Cet homme à rencontrer sera- très difficile ; Et, si vous le trouvez, je vous tiens fort habile. Vous nous en faites voir un rare et beau portrait : Et si vous ne voulez de gendre qu'ainsi fait , Quoique Isabelle soit et ricKe et de famille , Elle court grand hasard de vivre et mourir fille.

Al^e GROGNAC.

Non : Léandre est l'époux que je veux lui donner.

VALÈRE

Léajtidre 1

M'"e GROGNAC.

Ce parti semble vous étonner !

JMais c'est un fait, monsieur, dont peu je me soucie;

a86 LE DISTRAIT.

Et je le trouve , moi, selon ma fantaisie.

Je sais bien qu'à parler de lui sans passion ,

Il est particulier en sa distraction ;

Il répond rarement à ce qu'on lui propose;

On ne le voit jamais à lui dans nulle chose :

Mais ce n'est pas un crime enfin d'être ainsi fait.

On peut être , à mon sens , homme sage et distrait.

VALÈRE

Je croyois , à parler aussi sans artifice ,

Qu'il avoit quelque goût pour ma nièce Clarice.

M™« GROGNAC.

Oh bien! je vous apprends que vous vous abusiez; Et, pour vous détromper, il faut que vous sachiez Que je suis dès long-temps liée à sa famille ; Et que , pour m'engager à lui donner ma fille , L'oncle dont il attend sa fortune et son Lien D'un dédit mutuel cimenta ce lien.

Léandre est allé voir cet oncle à l'agonie, Et j'attends son retour pour la cérémonie. Si je n'avois en vue un tel engagement, Il n'auroit pas chez mor pris un appartement. Vous qui logez céans avecque votre nièce. Vous êtes tous les jours témoin de sa tendresse.

Mais m'assurerez-vous que Léandre, en son cœur. Malgré votre dédit , n'ait point une autre ardeur ; Et que , d'une autre part, votre fille Isabelle A vos intentions n'ait pas un cœur rebelle?

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