‹ uvres complètes de RegnardChapitre 185 sur 288 · LISETTE, CARLIN · texte numérisé non relu

LISETTE, CARLIN

LISETTE

Avec plaisir, Carlin, je te vois dans ces lieux.

CARLIN

Fraîchement débarqué, je parois à tes yeux. Et mes cheveux encor sont sous la papillote.

LISETTE

Eh bien ! ton maître enfin a-t-il trouvé sa botte ?

CARLIN

Et qui diable déjà t'a conté de ses tours?

LISETTE

Je sais tout.

CARLIN

Il m'en fait bien d'autres tous les jours. Hief encore, en mangeant un œuf sur son assiette, Il prit, sans y songer, son doigt pour sa mouillette, Et se mordit, morbleu , jusques au sang.

LISETTE

Je crois Qu'il n'y retourna pas une seconde fois.

3o6 LE DISTRAIT.

Sortant d'une maison, l'autre jour, par bévue. Pour son carrosse il prit celui qui dans la rue Se trouva le premier. Le cocher touche, et croit Qu'il mène son vrai maître à son logis tout droit. Léandre arrive , il monte , il va , rien ne l'arrête ; Il entre en une chambre où la toilette est prête, Où la dame du lieu, qui ne s'endormoit pas, Attendoit son époux couchée entre deux draps. 11 croit être en sa chambre ; et, d'un air de franchise, Assez diligemment il se met en chemise, Prend la robe de chambre et le bonnet de nuit ; Et bientôt il alloit se mettre dans le lit. Lorsque l'époux arrive. Il tempête, il s'emporte, Le veut faire sortir, mais non pas par la porte ; Quand mon maître étonné se sauva de ce lieu Tout en robe de chambre , ainsi qu'il plut à Dieu. Mais un moment plus tard, pour t'achever mon conte. Le maître du logis en avoit pour son compte.

LISETTE

Ton récit est charmant. Mais , raillerie à part , Dis-moi , qu'avez-vous fait depuis votre départ ?

CARLIÎS.

Nous venons, mon enfant, de courre un bénéfice.

LISETTE

Un bénéfice, toi?

CARLIN

Pour te rendre service.

Mais nos soins empressés ne nous ont rien valu ;

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