ACTE II, SCÈPfE I. 3o
Et le diable a sur nous jeté son dévolu.
LISETTE
Explique-toi donc mieux.
Ah ! Lisette , j'enrage.
Notre espoir dans le port vient de faire naufrage. Nous croyions hériter, du côté maternel, D'un oncle... ah ciel ! quel oncle! il est oncle éternel. Nous attendions en paix que son ame à toute heure Passât de cette vie en une autre meilleure ; Nous le laissions mourir à sa commodité ; Quand , un beau jour enfin , le ciel, par charité, A fait tomber sur lui deux ou trois pleurésies, Qu'escortoient en chemin nombre d'apoplexies. Bfous partons aussitôt, faisant partout /Zore^ , Sûrs de trouver déjà le bonhomme ad patres. Mais fol et vain espoir ! vermisseaux que nous sommes ! Comme le ciel se rit des vains projets des hommes ! Ecoute la noirceur de ce maudit vieillard.
LISETTE
Vous êtes arrivés sans doute un peu trop tard, Et quelque autre avant vous....
CARLIN
Non.
LISETTE
Il auroit peut-être En faveur de quelqu'un déshérité ton maître ?
CARLIN
Point.
3o8 LE DISTRAIT.
LISETTE
II a déclaré, se voyant sur sa fin, Quelque enfant provenu d'un hymen clandestin?
Non. Il ne fit jamais d'enfants, par avarice.
LISETTE
Parle donc, si tu veux.
CARLIN
Le vieillard, par malice , Malgré nos vœux ardents n'a pas voulu mourir.
LISETTE
Le trait est vraiment noir, et ne peut se souffrir.
CARLIN
Par trois fois de ma main il a pris Témétique, Et je n'en donnois pas une dose modique ; JV mettois double charge, afin que par mes soins Le pauvre agonisant en languît un peu moins : Slais par trois fois, le sort, injuste, inexorable, K'a point donné les mains à ce soin charitable ; Et le bonhomme enfin, à quatre-vingt-neuf ans, Malgré sa fièvre lente et ses redoublements, Sa fluxion, son rhume, et ses apoplexies. Son crachement de sang, et ses trois pleurésies, Sa goutte, sa gravelle, et son prochain convoi Déjà tout préparé, se porte mieux que moi.
LISETTE
Votre course n'a pas produit grand avantage.
CARLIN
Ndus en avons été pour les frais du voyage :