ACTE V, SCÈNE VII. :^8r
CARLIN, bas . à Clai ice.
Ne parlons pas trop haut, de peur de le distraire.
Vous voilà donc, monsieur! Cherchez-vous en ces lieux Que ma rivale encor se présente à mes yeux?
L É A N D R E , sortant de sa rêverie. Ah ! madame.... à propos avez-vous lu ma lettre?
CLARICE
Oui , traître ! ma rivale a su me la remettre : Je la tiens d'Isabelle ; et le cas qu'elle en fait Peut me venger assez de ton lâche forfait.
LÉATMDRE.
Un autre que Carlin en vos mains l'a remise?
Le maraud ! je saurai châtier sa méprise ;
Je le rouerai de coups ; le coquin tous les jours
Lasse ma patience , et me fait de ces tours.
Je le vois. Viens çà , traître ; aux dépens de ta vie
Je veux tirer raison de cette perfidie.
Tu mourras de ma main.
CARLIN
Ah! monsieur, doucement.
Grâce ; je n ai point fait encor mon testament, (à part. )
Non, je n'ai jamais vu de pièce d'écriture Faire tant de procès.
LÉ AND RE
Parle sans imposture.
Qu'as-tu fait de ma lettre? et quel affreux démon Te pousse à me trahir d'une telle façon?
Hi LE DISTRAIT.
CARLIN
Moi , monsieur, vous trahir! je vous sers avec zèle i, Je l'ai mise avec soin dans les mains d Isabelle. L É A N D R E , tirant son épée;
Et voilà po^ur ta mort l'arrêt tout prononcé.
CARLIN
Quelle faute, ai-je fait?
LÉ AND RE
Quelle faute insensé !
CARLIN
Oili, vous avez raison de vous faire justicci
LÉ ANDRE
Ne t'avois-je pas dit de la rendre à Clarice?
CARLIN
A Clarice, monsieur? je veux être pendu, Si je me ressouviens de l'avoir entendu.
LÉ ANDRE
Mais le dessus écrit suffit pour te confondre. A ce témoin muet que pourras-tu répondre?
( à Clarice. ) Pour lui faire sentir son peu de jugement, De grâce prêtez-moi cette lettre un moment.
CARLIN, à part.
Bon ! c'est où je l'attends.
LÉANDRE
Viens, tête sans cervelle, Lis avec moi , bourreau ; lis donc... « Pour Isabelle. »
CARLIN
î*ouf ! il faut l'avouer, vous avez , à mon gré.